Kao, dont le grand-père projectionniste fut martyrisé lors de la période révolutionnaire, participe à un trafic d'images. Dealeur, il doit déjouer la vigilance de la Brigade de l'Oeil, véritables yeux armés du gouvernement de l'impératrice Harmony et principalement du commissaire Falk. La sentence pour tout contrevenant est immédiate et radicale : leurs yeux sont brûlés. Le nombre d'aveugles est considérable, mais ils sont pris en charge et rééduqués par le Gouvernement. Kao aimerait prendre contact avec un réseau clandestin de terroristes - résistants menés par un certain Fuji.
Avec une trame classique de dystopie, Guillaume Guéraud (lauréat avec Je mourrai pas gibier du Prix Sorcières 2007 décerné par l'association des bibliothécaires de France) nous propose un succédané, plutôt réussi, de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. De moins grande ampleur, celui-ci s'adresse directement à un public jeune et adolescent.
Le style de l'auteur est bien présent : il ne fait aucune concession dans son écriture. Violence, sexualité sont décrites de façon crue et réaliste, confinant parfois au malaise du lecteur devant des situations violentes. Refusant l'ellipse dans son écriture et ce depuis longtemps, Guillaume Guéraud s'est ainsi positionné, renouvelant et questionnant la littérature de jeunesse en la sortant de ses sentiers battus et en posant la question notamment de la violence de notre société en des termes directs, durs et crus.
Dans le cadre de ce roman, le résultat est entièrement réussi. En donnant à réfléchir sur les systèmes totalitaires générateurs d'une violence intrinsèque, sur le rôle des images dans notre société et notamment sur leurs capacités éventuelles à créer de la violence et à pervertir la jeunesse et notamment les adolescents, Guillaume Guéraud propose des pistes de réflexions aptes à questionner tout jeune lecteur sur ces sujets.
De plus les références, nombreuses vers la littérature (Ray Bradbury, Georges Orwell, Aldous Huxley, ainsi que par les noms de rues et de lieux de Rush Island), mais aussi et surtout vers le cinéma et les grands évènements du XX° siècle passé, offrent un ancrage des plus intéressants. Nos héros en sauvant des flammes trois films hautement symboliques permettent ainsi au lecteur une lecture des plus riches. Il s'agit notamment du film Les Temps Modernes de Charlie Chaplin, de Nuit et Brouillard de Jean Cayrol et Alain Resnais et de La Jetée de Chris Marker. Le visionnage de Nuit et Brouillard apporte des éléments incontournables dans la réflexion sur la violence et le rôle des images.
Enfin les références régulières à Jean-Luc Godard parachèvent l'hommage fait au cinéma par Guillaume Guéraud.
Je termine ma chronique par la citation de Jean-Luc Godard qui débute le roman :
"Le cinéma n'est pas à l'abri du temps, il est l'abri du temps."
D'autres avis sur le blog Jeune et je lis (les gars aussi) de la bibliothèque de Bagnolet, par Coeur de Chêne sur Biblioblog, chez Clochette et celui d'Anne-Marie Mercier-Faivre. sur Sitartmag. Enfin, sur d'autres ouvrages de Guillaume Guéraud : chez Clarabel, dans les Jardins d'Hélène, dans Passion des livres.
Le site des éditions du Rouergue.
La Brigade de l'Oeil
de Guillaume Guéraud, éditions du Rouergue, collection DoAdo Noir, 2007 - 14 €.
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Parmi les
nombreuses évocations des mois de Mai de la fin des années 1960, je vous propose un petit décentrage pour un voyage en Tchécoslovaquie. L'immense artiste 


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