Une jeune femme, Léna, travaillant dans le laboratoire municipal de recherche d’empreintes enquête sur des morts subites du
nourrisson suspectes. Elle se demande rapidement si ces affaires n’ont pas un lien avec son propre passé. Adoptée très jeune, Léna pense avoir été recueillie et élevée par des singes, suite à un
éventuel accident d’avion au cœur d’une forêt tropicale.
Lors de l’enquête, en examinant les enregistrements d’une caméra de surveillance, installée par les parents d’une des
victimes, Léna aperçoit une main s’approcher du berceau surmontée d’un pendentif identique au sien, seul souvenir de sa période pré-adoption. L’enquête se réoriente petit à petit autour du passé
de la jeune femme.
Malgré une écriture assez simple et classique, parfois inutilement descriptive, le suspense est suffisamment entretenu et
préservé pour que le lecteur soit tenu en haleine. La double enquête sur les crimes et sur les origines de Léna constitue un procédé efficace. L’enquête criminelle reste de facture
classique : criminel et suspects se trouvant dans l’entourage de la jeune laborantine. Léna est empêtrée dans une vie affective tourmentée et déstabilisante : un ex qui cherche à
renouer et une mère adoptive dépressive et mutique quant aux origines de sa fille, malgré le danger qui rôde autour d’elle ! C’est l'enquête personnelle de Léna sur ses propres origines
qui apporte au roman une réelle originalité et maintient l’intérêt du lecteur jusqu’au bout.
Elle ne réussira à démêler les fils de ces différentes enquêtes
qu’en travaillant avec un commissaire, perturbé par un évènement tragique, mais pas insensible aux charmes de la jeune femme.
Le livre a paru en poche au Points (8,00 €) :
Les avis de Jean-Claude, d'Alain sur Noir c'est Noir, de Pimprenelle dans ses carnets de lecture, celui de Lou sur La place du livre et celui de
Joëlle sous le Dolmen.
Origine
Diana Abu Jaber, Soantine éditions, 2010, ISBN : 978-2-35584-037-1 ;
22,00 €
Un grand merci ! Une de mes collègues connaissant mon goût pour les travaux d’Edmond Baudoin m’a prêté ce livre sans que je ne le réclame. Je l’ai laissé quelques temps au bord de la cheminée à attendre. Je l’avais feuilleté et
comme lors de ma première rencontre avec Edmond Baudoin, dessin et mise en page ne m’accrochaient pas suffisamment pour que je plonge dans cette lecture. Et pourtant, le dessin d’Edmond Baudoinest
vraiment formidable, il faut juste prendre le temps et se laisser imprégner par son trait.
Le temps, justement, faisant son affaire et la curiosité l’emportant avant tout, je pris, un soir, le livre entre les mains
et sombrais littéralement dans cette histoire étrange et dérangeante, abordant un thème bien délicat, la question de la passion amoureuse entre une adulte et un enfant, et la traitant d’une façon
excluant tout sensationnalisme, d’une manière presque banale et pourtant tellement originale. Une histoire qui parle forcément à Edmond Baudoin, où se retrouvent nombre de
ces thèmes favoris : la beauté féminine, le dessin, la question de l’art et de l’amour dans la vie, les relations intergénérationnelles, la rencontre de l’enfance avec le monde adulte,
l’incompréhension qui subsiste entre ces deux mondes…
Voici une histoire d’amour, d’amour interdit entre une jeune femme, étudiante en philo, Aude et un petit écolier de neuf ans,
Corentin, bien trop jeune pour vivre comme les adultes.
Ni jugement, ni voyeurisme, tout en pudeur récit et dessin déroulent le chemin de Aude et de Corentin, personnages tourmentés
et mal dans leur peau. Prise dans une jeunesse sertie d’angoisses et de questionnements sur ses sentiments, Aude partage sa vie avec Etienne sans être sûre de ce qu’elle ressent pour lui.
Certainement pas de l’amour, leurs étreintes manquent de ce feu qu’elle n’a jamais connu mais qu’elle perçoit tout de même… Corentin, lui, est un enfant différent, peut-être hyperactif ? Sa
mère ne le supporte plus, ne le comprend plus, en a peut-être un peu peur, elle cherche une baby-sitter pour le garder à la sortie de l’école, certains jours. Aude et Corentin vont se rencontrer.
Aude va être surprise par l’enfant, son manque de pudeur, son extrême besoin d’affection, ses désirs secrets qu’il cache à sa mère (la méfiance est réciproque), ses talents d’artiste : il
dessine, et souhaite dessiner Aude, de préférence nue. Le père, une « espèce de géant nordique », bien souvent absent, a tissé avec son fils une relation presque fusionnelle. L’arrivée
de la jeune femme n’est pas sans perturber ce fragile équilibre et le père observe la jeune femme comme une proie potentielle.
Les désirs de l’enfant vont rencontrer le mal être de Aude et lui fournir une réponse à sa recherche amoureuse. Les instants
d’émotion qu’ils vont partager vont les mettre hors normes. Si Aude perçoit le danger inhérent à ce type de relation, elle ne peut rien refuser à l’enfant et se laisse entrainer vers ses désirs
où espère-t-elle, peut-être, rencontrer les siens, satisfaire à sa quête d’un amour pur ! Corentin sait que ses parents n’approuvent pas ce type de relation : ils ont déjà renvoyée la
précédente baby-sitter prise en flagrant délit. Mais c’est un enfant, et il ne voit pas en quoi aimer quelqu’un est mal !
Aude et Corentin vont s’aimer.
Bénédicte Heim souligne bien que ces deux personnages sont entrés dans
un monde exclusif, dont ils sont les deux seuls êtres acceptables, l’autre monde, le profane, devient étranger à ses personnages. Il n’y a qu’en cloisonnant ainsi le monde des conventions, le
monde social que peut naitre en opposition un autre monde, par définition replié sur lui-même. Ainsi s’épanouit le microcosme intime, l’univers amoureux, un endroit où le jardin des possibles
peut prendre toutes les formes imaginables et notamment celle que le premier monde rejette ! Ce jardin des possibles peut devenir cauchemardesque, c’est le lieu des transgressions. C’est
aussi le lieu du récit, du conte, du mythe.
Nombreux sont ceux qui n’ont pu voir dans ce livre qu’un objet horrible, voire délictuel (voir les liens ci-dessous), sans
comprendre pourquoi la censure n’a pas fait son œuvre – l’expliquant au passage par le retournement habile de Bénédicte Heim qui a
choisit de parler de pédophilie en donnant à l’adulte le sexe féminin et à l’enfant le sexe masculin, comme si de cette façon la censure fermerait les yeux et que l’inverse n’aurait pu passer
sous les fourches caudines de la censure : un homme aimant une petite fille – ils persistent dans leur dénégation à reconnaître dans ce livre une œuvre littéraire. Cela montre pourtant que
les auteurs ont justement prit des risques et choisi de traiter un sujet difficile. Il faut reconnaître la qualité de leur résultat, la tendresse et la justesse de leurs choix : aucune
implication morale, aucun jugement de valeur, juste la transcription d’une transgression, sans justification aucune par une quelconque explication forcément vaseuse (ils ont fait cela parce
qu’ils étaient malheureux, inconscient, etc… : pas de dramatisation à outrance). Non, ils ont fait cela parce que l’amour. Point. L’amour, c'est-à-dire une rencontre, deux êtres, un contexte
et un coup de foudre. La seule excuse des personnages est leur manque de sagesse, leur spontanéité, leur jeunesse qui les conduit à une relation amoureuse « anormale » au regard de la
société…
Ainsi chacun des protagonistes reste humain et chaque lecteur peut s’identifier facilement, d’où le malaise, l’aversion que
certains ont pu ressentir. Le dénie aussi, que l’enfant, ne peut connaître l’amour, ne peut avoir d’idée d’une quelconque sexualité. Et pourtant, nombreux sont les psychologues qui reconnaissent
ces droits aux enfants. Que la sexualité est précoce et interfère, y compris dans la relation mère/enfant. Viennent ensuite la question des tabous, du regard de l’autre, du monde social. Et là
encore les auteurs n’éludent pas la question : Aude et Corentin sont bien inséré dans un univers social et sociétal qui est le notre (société occidentale moderne française). Aude sait
qu’elle est en train de commettre une transgression, Corentin est conscient de braver un interdit parental… et pourtant le lien qui unie ces deux êtres est plus fort que les tabous et les
interdits. Ils commettent l’impardonnable et leur entourage ne peut comprendre ce qui se joue. D’où la signification du titre probablement : « Tu ne mourras pas », ni l’un, ni
l’autre, ni leur amour. Telle une promesse.
Nulle apologie, ni même approbation de cette transgression de la part des auteurs simplement la volonté de mettre à nu, de
rendre explicite l’outrage, de le rendre intelligible et de faire jouer nos émotions, nous obligeant à réagir, à penser, à nous exprimer.
Après 2 days in
Paris, Julie Delpy nous régale à nouveau avec une suite tout aussi déjantée et loufoque 2 days in
New-York.
Installée à New-York avec son nouveau boyfriend, Marion reçoit sa famille : son père, soeur et l'ami de celle-ci, un ancien ex
de Marion.
Les situations sont toutes aussi cocasses, les traits exagérés jusqu'au cliché diront certains... jusqu'à donner aux personnages
une profondeur et une exubérance indispensable à la réalisation d'une bonne comédie.
Aucune déception, juste une habitude face à des situations prévisibles puisque déjà développées dans le premier opus (on connait
les personnages !). Mais s'ils vous ont enchantés la première fois, cela risque d'être de même ce coup-ci !
Un bon moment de rigolade, rafraichissant après une campagne éprouvante pour les nerfs et l'esprit !
2 days in New-York
Film franco-allemand de Julie Delpy avec Julie Delpy, Chris Rock, Alexia Landeau, Albert Delpy, Alexandre Nahon. (1 h
35.)
Voici une très audacieuse adaptation du roman éponyme de Jean Teulé.
Faire une biographie illustrée de François Villon est une initiative intéressante car elle va permettre à ce poète maudit et difficile (ses
textes sont en vieux français) d’être à la portée de tous, y compris des plus jeunes.
François Villon, maudit le
jour même de sa naissance. Né le jour qui vit brûler Jeanne d’Arc sur une place publique à Rouen et pendouiller le corps de son père au bout d’une corde ! À peine 6 ans et sa
mère est enterrée vive, déterrée par des maraudeurs et transformée en pâté. François
Villon vit dans un Paris du XV° siècle violent et pauvre.
Confié à un religieux qui souhaite en faire un futur clerc et lui donner une instruction juridique, François Villon va grandir dans un environnement protégé, faire ses études à la Sorbonne et arpenter les rues de Paris avec ses amis. Il commence à
écrire très tôt et ses textes sont distribués sous le manteau. Il va surtout s’opposer aux puissants, se révolter et entrainer ses amis dans des provocations intrépides et dangereuses.
Premier tome d’une série à suivre avec intérêt, le dessin de Luigi
Critone est bien adaptée à ce souci de vulgarisation et un soin particulier a été apporté à la couleur. Aquarellé, les dessins proches de la ligne claire sont simples et peu
chargés, ils font la part belle aux personnages et aux ambiances de la ville. Chaque chapitre est introduit par un texte (en vieux français) de François Villon et permet ainsi
une mise en bouche passionnante et une plongée dans son œuvre.
Juste un petit clin d'oeil pour d'anciens compagnons de route, la Compagnie
Rêve-Lune et l'un de ses membre Jean-Noël Rodriguez, auteur des textes et de la musique de ce petit film d'animation réalisé
par Lionel Metz.
Si ce petit livre jaune et noir pouvait être le livre de chevet d’un candidat à l’élection présidentielle, il y aurait fort à
parier que nos conditions de vie s’amélioreraient substantiellement.
Passant à la loupe une dizaine d’évidences du style « Les marchés financiers sont favorables à la croissance
économique », « Il faut réduire les dépenses pour réduire la dette publique » ou « L’euro est un bouclier contre la crise », le collectifs des économistes atterrés
proposent une courte analyse qui démonte, arguments à l’appui, ces fausses évidences et proposent, en débat, quelques mesures simples : « développer une fiscalité européenne (taxe
carbone, impôt sur les bénéfices…) et un véritable budget européen pour tendre vers une égalisation des conditions d’accès aux services publics et sociaux dans les divers États membres, sur la
base des meilleures pratiques. », « supprimer les exonérations consenties aux entreprises sans effets suffisants sur l’emploi. », etc…
Ainsi ce petit livre vous donne des éléments de compréhension sur la crise actuelle et des moyens d’actions (par bulletin de
vote interposé) pour stopper la tendance à la financiarisation de l’économie.
J’ai bien apprécié l’analyse qui est faite sur l’origine des dettes publiques et la mesure proposée pour s’en sortir :
« Réaliser un audit public et citoyen des dettes publiques, pour déterminer leur origine et connaître l’identité des principaux détenteurs de titres de la dette et les montants
détenus. »
Indispensable et salutaire.
Des liens qui libèrent et des économistes atterrés. Clic ! :
Voici la rencontre de deux êtres qui ont du mal à sortir de l’enfance. Alice, joue de l’harmonium à l’église et Larry
travaille dans un garage auprès d’un patron ivrogne. Alice est amoureuse, Larry ne sait pas trop, peut-être. Et puis c’est quoi l’amour, comment faut-il s’y prendre ? Ces questions là
semblent n’avoir jamais vraiment tracassé Larry qui rêve de devenir cosmonaute. La seule personne qui semble avoir une quelconque influence sur lui est son… ours en peluche ! Alice, malgré
sa timidité, et l’ours en peluche, véritable conscience de Larry, vont accompagner Larry dans sa lente découverte de l’amour.
La ténacité d’Alice va porter ses fruits : elle va se retrouver enceinte. La perspective d’avoir un enfant
permettra-t-elle à Larry de sortir définitivement de l’enfance ?
Dessinée avec un trait ligne claire, cette bande dessinée d’Aurélien
Maury est tout à la fois tendre et émouvante. Ses personnages sont bien campés et complètement loufoques.
Le format de la bande dessinée, le découpage, le dessin, la tonalité de l’histoire font terriblement penser (en beaucoup
moins tourmenté) à Jimmy Corrigan de Chris Ware.
On en cause...