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Vendredi 2 mai 2008
 Kao est un jeune adolescent d'une quinzaine d'années. Il habite Rush Island, nous sommes en 2037. La loi Bradbury interdit toutes les images : photographies, peintures, télévision, cinéma n'ont plus cours dans le pays depuis plus de vingt ans. C'est toute une génération qui n'a connu aucune image. La nocivité de celles-ci est démontrée. Leur propension à favoriser le crime et les activités délictueuses et violentes est ainsi étouffée.

Kao, dont le grand-père projectionniste fut martyrisé lors de la période révolutionnaire, participe à un trafic d'images. Dealeur, il doit déjouer la vigilance de la Brigade de l'Oeil, véritables yeux armés du gouvernement de l'impératrice Harmony et principalement du commissaire Falk. La sentence pour tout contrevenant est immédiate et radicale : leurs yeux sont brûlés. Le nombre d'aveugles est considérable, mais ils sont pris en charge
et rééduqués par le Gouvernement. Kao aimerait prendre contact avec un réseau clandestin de terroristes - résistants menés par un certain Fuji.

Avec une trame classique de
dystopie, Guillaume Guéraud (lauréat avec Je mourrai pas gibier du Prix Sorcières 2007 décerné par l'association des bibliothécaires de France) nous propose un succédané, plutôt réussi, de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. De moins grande ampleur, celui-ci s'adresse directement à un public jeune et adolescent.
Le style de l'auteur est bien présent : il ne fait aucune concession dans son écriture. Violence, sexualité sont décrites de façon crue et réaliste, confinant parfois au malaise du lecteur devant des situations violentes. Refusant l'ellipse dans son écriture et ce depuis longtemps,
Guillaume Guéraud s'est ainsi positionné, renouvelant et questionnant la littérature de jeunesse en la sortant de ses sentiers battus et en posant la question notamment de la violence de notre société en des termes directs, durs et crus.

Dans le cadre de ce roman, le résultat est entièrement réussi. En donnant à réfléchir sur les systèmes totalitaires générateurs d'une violence intrinsèque, sur le rôle des images dans notre société et notamment sur leurs capacités éventuelles à créer de la violence et à pervertir la jeunesse et notamment les adolescents,
Guillaume Guéraud propose des pistes de réflexions aptes à questionner tout jeune lecteur sur ces sujets.

De plus les références, nombreuses vers la littérature (
Ray Bradbury, Georges Orwell, Aldous Huxley, ainsi que par les noms de rues et de lieux de Rush Island), mais aussi et surtout vers le cinéma et les grands évènements du XX° siècle passé, offrent un ancrage des plus intéressants. Nos héros en sauvant des flammes trois films hautement symboliques permettent ainsi au lecteur une lecture des plus riches. Il s'agit notamment du film Les Temps Modernes de Charlie Chaplin, de Nuit et Brouillard de Jean Cayrol et Alain Resnais et de La Jetée de Chris Marker. Le visionnage de Nuit et Brouillard apporte des éléments incontournables dans la réflexion sur la violence et le rôle des images.
Enfin les références régulières à Jean-Luc Godard parachèvent l'hommage fait au cinéma par
Guillaume Guéraud.

Je termine ma chronique par la citation de
Jean-Luc Godard qui débute le roman :
"Le cinéma n'est pas à l'abri du temps, il est l'abri du temps."

D'autres avis sur le blog
Jeune et je lis (les gars aussi) de la bibliothèque de Bagnolet, par Coeur de Chêne sur Biblioblog, chez Clochette et celui d'Anne-Marie Mercier-Faivre. sur Sitartmag. Enfin, sur d'autres ouvrages de Guillaume Guéraud : chez Clarabel, dans les Jardins d'Hélène, dans Passion des livres.
Le site des éditions du
Rouergue.

La Brigade de l'Oeil
de Guillaume Guéraud, éditions du Rouergue, collection DoAdo Noir, 2007 - 14 €.

par Jean-François commentaires (2)    ajouter un commentaire publié dans : Romans, Contes, Théâtre
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Jeudi 24 avril 2008
Charles, Shakumi et Ulzhan.
Trois personnages, trois fortes têtes, trois destinées, trois rencontres.

Charles est parti de France dans sa vieille voiture, il vient de passer la frontière d'un pays d'Asie centrale, le Kazakhstan, lorsque elle tombe en panne. Il l'abandonne et continue son voyage à pied, refusant les invitations des cammioneurs à monter avec eux. Charles aurait-il besoin d'être seul ? Fuit-il quelque chose ? Une faute ? Un malheur ? Son voyage est-il une rédemption ? Une quête ?
Le personnage avance cahotiquement et nous plonge dans son mystère, dévoilant si rarement quelques indices : là une photo, ici une carte postale, à moins que ce ne soit ce parchemin ?
Et si tout cela n'étaient que des fausses pistes ? Va savoir ?

Shakumi parle aussi français dans ce pays si lointain. L'Histoire est allée vite, trop vite, l'époque soviétique avec ses kholkozes, son économie planifiée n'est plus qu'un lointain souvenir et ne subsiste que sous forme de ruines, plongenant ainsi le communisme dans un temps proche du Moyen-Age. Shakumi est donc marchand. Non pas de ceux que l'on croise à bord de rutilants 4 X 4, se déplaçant en hélicoptère à Astana, la nouvelle Brasilia Kazakh. Shakumi se déplace en side-car, car "c'est moins méchant qu'un chameau", il vend des mots et prodigue ses conseils. "Choisi un vieux cheval, c'est moins cher" dit-il à Charles.

Ulzhan est institurice. Elle apprends aux enfants des chansons françaises. Lorsqu'elle rencontre Charles, celui-ci veut acheter un vieux cheval à son père. Voyant cet homme étrange, Ulzhan abandonne sa classe et le suit. Elle veut comprendre. Mais Charles est obscur, ténébreux, fragile, obstiné, indécis. Il lui apprend qu'il est parti à la recherche d'un antique trésor, caché par des missionnaires nestoriens dans les montagnes. Là-bas si loin...



Dans une décor somptueux, le Kazakhstan est très peu peuplé, nos trois personnages vont et viennent au gré de leurs rencontres partageant pains et sentiments. Charles est un roc, Philppe Torreton lui donne une dimension à nulle autre pareille, Ulzhan et Shakumi n'ont de cesse de nous donner des cléfs pour comprendre cet homme blessé et blessant, meurtri et toutefois si tendre. Le personnage de Shakumi est interprété par David Bennent (l'enfant du Tambour de Volker Schlöndorff) succulent, truculent. Son personnage vaut à lui seul la découverte de ce très beau film. Quant à Ayanat Ksenbai, elle est belle comme un beau paysage. Son personnage fait parti du décor, la retenue de jeu de l'actrice lui donne une amplitude étonnante. Elle s'impose comme une antique héroïne grecque.


Enfin, on ne peut s'empêcher d'avoir à l'esprit les bylinnes russes d'Elli Kronauer : Ilia Mouromietz et le Rossignol Brigand, Aliocha Popovitch et la rivière Saphrate, Soukmane fils de Soukmane et les fleurs écarlates, Sadko et le tsar de toutes les mers océanes et Mikhaïlo Potyk et Mariya la très blanche mouette. Rien qu'à l'évocation de ces titres, on se sent déjà parti...

Le site officiel.


Ulzhan
de Volker Schlöndorff, avec Fabrice Torretton, Ayanat Ksenbai, David Bennent, film français, kazakh, allemand, Rezo film - 2007.

par Jean-François commentaires (2)    ajouter un commentaire publié dans : Spectacles : Cinéma, Théâtre, Musique, Danse
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Mardi 22 avril 2008
Voici une exposition rafraichissante, impressionante et tout public au musée d'art moderne de Lyon, le MOCA.
Nous y sommes allés en famille. Les oeuvres présentées sont très souvent des grands formats ou des installations imposantes.


Keith Haring fut un grand artiste, emporté trop tôt par le SIDA. Voilà une occasion splendide pour découvrir son oeuvre et sa courte vie.


Courez-y vite !!!

Voici le lien de l'expo pour les visites virtuelles et les renseignements pratiques.

Deux images pour vous mettre en appétit (autant que faire se peut...)


Keith Haring
du 22 février au 29 juin 2008, MOCA.
par Jean-François commentaires (1)    ajouter un commentaire publié dans : Parfois, il se passe de drôles de choses...
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Vendredi 18 avril 2008

Parmi les nombreuses évocations des mois de Mai de la fin des années 1960, je vous propose un petit décentrage pour un voyage en Tchécoslovaquie. L'immense artiste Peter Sis nous raconte dans un magnifique album intitulé Le Mur, [son] enfance derrière le rideau de fer. Récit qu'il prolonge jusqu'à l'adolescence. 
Un graphisme extraordinaire, mêlant gravure en Noir et Blanc, extraits de ses carnets, crayon de couleur, aquarelle, collage, dans un style parfois proche de la bande dessinée accompagnant un récit à deux niveaux font de cet album un hybride docu-fiction parfaitement réussi.

Peter Sis is dévoile ainsi que sa passion pour le dessin l'a pris très tôt : il dessinait partout, chez lui ce qu'il voulait, à l'école ce qu'on lui demandait. Il adorait aussi la musique rock (Beatles, Rolling Stone, Beach Boys...), fut même DJ et interviewa les Beach Boys lors de leur tournée en 1970. Il travailla ensuite pour l'industrie du cinéma d'animation tchèque, si réputée alors.

Son éveil à l'âge adulte et sa rebellion contre le système coïncida avec les évènements de 68 en Tchécoslovaquie (réprimés par les chars soviétiques). Il raconte aussi la force du système communiste broyant les individus au profit du collectif. Il refusera de retourner chez qu'en 1984. Peter Sis travaillait alors à Los Angeles sur un film d'animation lorsque, en pleine crise du boycott des JO de Los Angeles, les autorités de son pays lui enjoignèrent de rentrer précipitemment. Ce qu'il refusa de faire et Peter Sis choisit dès lors de s'installer et vire aux Etats-unis.

 

Le site web de Peter Sis, un dossier complet sur l'auteur et son oeuvre sur l'Observatoire National de la Lecture (ONL), un autre dossier sur Ricochet.
Des billets sur
AtoutPrague (Magazine et guide français sur Prague et la République tchèque), sur le blog de la SFL, sur le blog de Citrouille avec en prime un film d'animation de Peter Sis (voir ci-dessous), et enfin sur Du9 le site de l'autre bande dessinée.

Enfin, une vidéo sur ce blog !


Le mur, Mon enfance derrière le rideau de fer
de Peter Sis, Grasset, 2007 - 16,90 €.
par Jean-François commentaires (3)    ajouter un commentaire publié dans : Albums, Contes illustrés
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Mardi 15 avril 2008

Le nouveau dromadaire

jeu carrément mensuel

Enfin, le jeu prend un nouveau rythme de croisière et après une non-étude de marché, il reviendra régulièrement vous titiller les neurones mensuellement, et même autour du mitan de chaque mois.

Deux mots sont proposés chaque fois. Ils sont indépendants et choisis au hasard. Il faut inventer une définition pour chacun, les utiliser dans une phrase et écrire tout cela dans un commentaire. Attention, nul besoin de se précipiter sur un dictionnaire, le plaisir en serait amoindri. Chaque mot vient d'un dictionnaire différent dont les références sont en lien dans l'index. Les véritables définitions s'y trouvent, elles sont actualisées tous les trois mois.

Quel est le sens des mots :

URCÉOLÉ, ÉE / USURPÉTEUR

adjectif
/ nom masculin

Pour retrouver les mots précédents,

cliquer ici : INDEX

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par Jean-François commentaires (3)    ajouter un commentaire publié dans : Le jeu du Dromadaire
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Mardi 8 avril 2008
Bonjour et bienvenue !

Depuis quelques jours les billets se font plus rares...

La conséquence d'une certaine lassitude, l'envie de voir ailleurs, de vivre d'autres expériences bloguesques... Tout cela murit doucement. Tout d'abord un blog privé et familial pour les 50 ans de mariage de mes parents, puis l'envie de plus de clarté pour mes billets et mes "humeurs". Mon papillonage sur certains blogs personnels traitant de l'actualité politique et sociale ont crée une certaine envie, voire une envie certaine.

C'est pour cela que Le Génépi et l'Argousier va se décliner maintenant en deux versions.
Culture et confiture : c'est ici.
Politique et société : c'est par là.

Ensuite il y a encore d'autres projets, dont celui de Doc et Fiction, qui me tente bien, professionnellement parlant. Et surtout des concours qui approchent...

L'été passé les choses seront plus calmes. Le Génépi et l'Argousier pourra reprendre alors un rythme plus régulier.

à bientôt...
par Jean-François commentaires (5)    ajouter un commentaire publié dans : Parfois, il se passe de drôles de choses...
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Mercredi 2 avril 2008
Deux oies, l’une est employée, l’autre patron. Elles dissertent sur des sujets philosophiques teintés d’actualité. Tout y passe, la vie au boulot, les relations dans l'entreprise, les frictions entre vie privée et vie professionnelle, les augmentations, la productivité, les formes de gouvernance, etc.

Savez-vous ce qui m’a attiré vers cet album ? Sa couverture. Une des oies, désespérée, se traîne sur le sol, l’autre profite allègrement sur un hamac du temps qui passe, conversation :
-    « On ne trouve plus de travail en France ! »
-    « Formidable ! ça prouve que le travail à faire est fini ! »
Voilà une réplique comme je les aime.

Nous connaissions déjà l’Ours Barnabé de
Philippe Coudray, où la philosophie est déjà bien présente au fil des pages. Barnabé vit des aventures très souvent décalées qui permettent à l’enfant d’avoir un autre regard sur les événements de la vie. Le surréalisme n’est jamais bien loin. Avec Théocrite, Philippe Coudray, s’est associé avec son frère Jean-Luc Coudray, au scénario, ils nous proposent des réflexions beaucoup moins surréaliste mais où le cynisme et l’arrogance de notre société occidentale sont pointés. Chaque réflexion (gag sur une page) nous invite à porter un regard acide, acerbe sur ce monde qui est le nôtre.
Les dessins sont comme ceux de l’Ours Barnabé, dans un style ligne claire très simplifié aux couleurs vives et chatoyantes. Un dessin qui finalement laisse une grande place aux mots et à la réflexion.
Extrait :
-    «  L’Europe a une monnaie unique ! »
-    « … Et toujours des langues différentes ! »
-    « L’argent est devenu l’unité culturelle de l’Europe ! »

Tiens, si vous n’y pensiez plus je vous remets le lien vers le billet sur la fameuse maxime présidentielle : « travaillez plus pour gagner plus ! » (à moins que vous ne préfériez le lire en exclusivité sur la nouvelle plateforme)... et celui du site de Jean-Claude Coudray.
Au fait, les deux premiers volumes de Théocrite ont paru aux débuts des années 1990 chez l'éditeur Hélyode et s'intitulent : Le bonheur au bout du fil (1991) et le prix du travail (1993).


Théocrite, époque à vendre, vol. 3,
de Jean-Luc Coudray et Philippe Coudray, La boîte à bulles, collection Contre-pied, 2006 - 13,90 €.
par Jean-François commentaires (4)    ajouter un commentaire publié dans : Bandes dessinées
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Bienvenue

Des idées de lectures, de confitures que l'on vous susurre pour tous les âges, même mûr, c'est sûr et c'est sur...

Bzzzzz...

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