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Le Génépi et l'Argousier

Une étoile pour Noël - Nasser Djemaï

5 Août 2013 , Rédigé par Jean-François Publié dans #Théâtre, #immigration, #Nasser Djemaï

Une étoile pour Noël - Nasser Djemaï

Une étoile pour Noël / ou l’Ignominie de la bonté, c'est l'histoire du petit Nabil, enfant issu de l’immigration qui décide un jour de devenir Premier Ministre !

Son père, mineur silicosé, maîtrisant mal le français mais suffisamment prévoyant, car au fait de la dureté de la société qui l’accueille, à programmé l’avenir de ses enfants : un boulanger et un boucher pour ne jamais manquer de rien, et le ministère (le plus grand, le Premier) pour le dernier parce qu’il est doué ! La volonté du père convaincra le fils, qui n’en est pourtant pas moins cancre. Mais un ami, premier de la classe, et sa grand-mère, leur professeur feront pencher la balance du bon côté. Chacun s'emploiera à lui inculquer les recettes de la réussite : ne pas ressembler à son père, avoir un bon prénom qui sonne bien français, apprendre les bonnes manières pour se tenir en société...

Pourtant, cette société, peuplée d'ogres à visage humain, est un rouleau compresseur pour Nabil qui devra renier ses origines pour se faire une place. Mais l’enfant est habile, tout à la fois naïf et manipulateur, il avance dangereusement sur le fil tendu de sa destinée, navigant entre deux cultures au gré de concessions parfois douloureuses.

 « Une histoire où une simple tasse de thé peut avoir le tranchant d'une paire de ciseaux affûtés. »

Loin des clichés, Nasser Djemaï décrit le quotidien de bien des enfants d’immigrants, tiraillés entre deux cultures, entre désir d’intégration et d’assimilation, entre une nécessité de réussir pour sortir d’une condition miséreuse et un besoin de reconnaissance trouble car double et antagoniste : être reconnu dans la société accueillante, c’est aussi prendre le risque d’être renier par les siens. Mais les liens familiaux, l’amour filial perdurent quoiqu’il arrive et le principe de réalité rattrape tout le monde, surtout les rêveurs...

Une étoile pour Noël c'est l'histoire du petit Nabil farouchement décidé à devenir Premier Ministre comme le lui a demandé secrètement son père.

 

Entre les mines de ciment où travaille ce dernier et le ministère, il n'y a qu'un pas à franchir… C'est en tout cas ce dont est bientôt convaincu Nabil, happé par la grande machine à laver d'une petite société, où chacun s'emploie à lui inculquer les recettes de la réussite : ne pas ressembler à son père, avoir un prénom avec les bonnes sonorités, connaître l'équation type d'un cercle pour découper un gâteau…

 

Dans ce microcosme peuplé d'ogres à visage humain, Nabil, tour à tour naïf et manipulateur, avance dangereusement sur le fil tendu de sa destinée.

 

Une histoire où une simple tasse de thé peut avoir le tranchant d'une paire de ciseaux affûtés.

Note de l'auteur :

Pour mes parents, les clés du savoir, de la réussite et de la vérité, c'était l'école.
Et pour mon bien, j'avais un seul mot d'ordre :
« Eux savent tout, nous on ne sait rien… »

Le point de départ de mon travail est autobiographique. En sixième, un camarade de classe a eu un grave accident dans la cour du collège. Afin de lui éviter un retard trop important, je lui apportais régulièrement ses devoirs à la maison. Pour me remercier d'avoir pris soin de son petit-fils, la grand-mère de cet ami a décidé de prendre en main mon éducation. Elle m'a fait comprendre qu'avec un prénom comme le mien, je ne pourrai jamais prétendre à de grandes choses. Elle m'a donc baptisé «Noël», m'a fait des mèches blondes, m'a inscrit à l'aumônerie, mes notes à l'école en étaient bien meilleures et je trouvais tout cela extraordinaire.

Tous les personnages ont donc un ancrage dans mes souvenirs, mais ils ont été étirés, poussés dans leurs retranchements, pour devenir des figures théâtrales. Car nous sommes bien loin du genre de l'auto fiction, mais bien dans l'univers de l'épopée burlesque.

Chacun est persuadé d'agir pour le bien d'autrui, et c'est avec cet objectif qu'ils commettent des actes d'un égoïsme terrifiant. C'est «l'ignominie de la bonté» que je m'amuse à déceler, la «bonté» de la grand-mère, qui veut sauver Nabil en lui donnant un prénom chrétien, la «bonté» du père de Nabil qui demande à son fils de ne pas lui ressembler.

La violence part souvent d'un bon sentiment, c'est ainsi que dans « Une étoile pour Noël », tous les personnages se massacrent en voulant faire le bien.

Nasser Djemaï

Une étoile pour Noël / ou l'Ignominie de la bonté

Nasser Djemaï - Actes-Sud Papiers, 2006 - 8,50 €

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