Essais, documentaires

Lundi 16 novembre 2009

Over, Visions aériennes de l'Américan Way of Life : une absurdité écologique.

Tout est dit ou presque.
J'entends déjà les critiques, celles qui ont accompagné, souvent à juste titre, les travaux photographiques de Yann Arthus Bertrand, à savoir, qu'on ne défend pas une idéologie (l'écologie, la défense de l'environnement) en utilisant des moyens qui détruisent la planète que l'on veut sauver (il me semble toutefois que dans un cas aussi critique que le notre aujourd'hui, ces moyens peuvent aussi être efficaces !). Là où Yann Arthus Bertrand utilise des moyens parfois démesurés pour faire ses photos et les publier, Alex MacLean utilise un petit avion de tourisme, qu'il pilote seul tout en prenant ses photos. Il choisit un territoire, certes vaste, les États-Unis, mais y revient régulièrement afin de produire des documents photographiques qui vont produire du sens et un message car ils éveillent notre regard critique et mobilisent notre intelligence en faveur d'un changement indispensable. Ses photos ne montrent pas encore les changements climatiques à l'oeuvre, mais fournissent une vision assez juste d'une société américaine qui semble en complète contradiction avec le désir de changement qui semble dominer aujourd'hui sur Terre. La prise de conscience est indispensable, les images d'Alex MacLean nous montrent que les américains vivent d'une façon que les conduisent, et risquent de nous conduire aussi dans le mur.



A feuilleter d'urgence, à lire. Alex MacLean est un géographe précurseur comme l'a pu l'être à son époque son compatriote américain Henry David Thoreau, contemporain d'Élisée Reclus.

Le site d'Alex MacLean.




Over, Visions aériennes de l'American Way of Life : une absurdité écologique
Alex MacLean, Dominique Carré Editeur - La Découverte, 2008 - 59,00 €.


Par Jean-François
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Dimanche 25 octobre 2009
 

 

Salwa Al Neimi est une poétesse syrienne. Elle vit à Paris depuis le début des années 1970 et a travaillé dans de grandes bibliothèques. Son livre La preuve par le miel a été écrit en arabe. Il s’agit d’un récit mi roman, mi essai, sur la question du sexe dans les sociétés arabes et musulmanes. En partant de ses expériences, de sa façon d’envisager la vie par le corps et non par l’âme, Salwa Al Neimi donne de la société arabe une image juste et érudite. Elle propose au lecteur en écho aux diktat imposé par la religion (censure des mots, censure de l’adultère, censure de tout ce qui touche au corps sexué…) un voyage dans la littérature arabe érotique en faisant appel à de grands auteurs : de Tifachi à Ali Ibn Nasr, de al-Samawal Ibn Yahya, à Nasir al-Din al-Toussi… y compris féminin comme El-Alfya dite la Milliaire car elle aurait baisé avec mille hommes…

Un récit magnifique, érudit et sensuel.

 

 

« Très tôt, j’ai su quel chemin serait le mien, à quel jeu je jouerais. Ce jeu m’amuse, il compose une part de ma vie secrète. Personne ne peut se dire l’organisateur de mes libertés. Ma vie est mienne, et mes secrets aussi. »

… «  Je ne cache pas mes idées, surtout celles qui choquent. Je ne tais que mes actes. »

« Je me suis entraînée à cacher aux amants l’amour de l’époux, je l’ai appris de Marguerite Duras. Cacher à l’époux l’amour des amants, je l’ai appris de toutes les femmes. »

 

La preuve par le miel

Salwa Al Neimi, Robert Laffont, 2008 - 14,00 €.


 

Par Jean-François
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Samedi 5 septembre 2009

De l'Algérie natale et enfantine à ce pays neuf indépendant et balbutiant après l'indépendance, aux pays méditerranéens Egypte, Tunisie, Syrie, Maroc, Liban et Israël, d'autres parfois un peu plus lointain Arabie Saoudite et Yémen, en passant par la France, Mohamed Kacimi nous entraîne au cœur de ses souvenirs et ses pérégrinations. Nourri au Coran et à Léo Ferré, passant d'Allah est grand à Ni Dieu ni maître, partageant ses chroniques et ses réflexions sur la place de chacun dans la société arabe, il nous encourage à réfléchir sur le sens de ces cultures méditerranéennes si diverses, et dont le substrat commun est l'Islam.
En même temps, il nous donne une lecture critique de cette religion et surtout de ces adeptes, souvent aveuglément conditionnés et jamais étouffés par leurs contradictions.
L'intégrisme commence quand l'homme perd son sens de l'humour, tel est le titre de son dernier chapitre. Tout au long de son ouvrage Mohamed Kacimi se sera démené pour nous montrer, avec humour, que son discours est loin de toute forme d'intégrisme.
Mohamed Kacimi s'exprime en français, cette langue qui lui a appris à dire « je ». De ses années d'apprentissage se trame une rupture avec son pays et un départ inévitable vers la France, Paris. Il tracera alors un trait sur sa langue, sa famille et Dieu, découvrira la poésie, le journalisme, le théâtre. Et ce sont bien ces trois média qu'il parsème dans ses écrits.
... « aujourd'hui, et plus que jamais, je me dis qu'écrire c'est pouvoir chatouiller à mort Dieu et les Livres pour rire enfin de la tristesse de ses terres et de ses hommes ».
Mohamed Kacimi nous offre un voyage de poésie, d'humour, d'amour, altruiste et lucide, les yeux grands ouverts, dans un monde contemporain, proche et souvent si incompréhensible.

L'Orient après l'amour
Mohamed Kacimi, Actes Sud, 2008 - 19,00 €.

Par Jean-François
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Lundi 27 juillet 2009


Daniel Girardin, conservateur du musée de l'Élysée de Lausanne et Christian Pirker, avocat au barreau de Genève et commissaire de l'exposition, les éditions Actes Sud et le musée de l'Élysée de Lausanne nous offrent un ouvrage extraordinaire. Controverses : une histoire juridique et éthique de la photographie accompagne l'exposition organisée par le musée de l'Élysée et exposée à la BNF entre mars et mai 2009. Plus de quatre-vingts clichés retracent un siècle et demi de polémiques.


Une photo sur une page et un texte sur la double page suivante. De nombreux thèmes sont abordés : soit que la photo ait été à l'origine d'une controverse, soit qu'elle illustre une controverse dont son auteur ou son éditeur fut parti prenante. Nous explorons ainsi de nombreux sujets parmi lesquels les questions de droits d'auteur, d'éthique journalistique, de censure, de falsifications et de moeurs sont tour à tour évoqué au fil des ans. Le parti pris chronologique se révèle une excellente idée car il permet d'appréhender les évolutions et les régressions qui se font jour au fil des polémiques.


La première grande question fut de savoir si la photographie était une oeuvre artistique à part entière et non pas une copie. La place de la photographie dans l'Art s'est ainsi construite sur des controverses. dont celle qui a opposé les frères Tournachon (Adrien et Félix, ce dernier plus connu sous son patronyme Nadar). La question du droit d'auteur et de la rémunération du photographe fut ensuite un autre combat épique défendue bec et ongle par un Napoléon Sarony portraitiste d'Oscar Wilde.
Les photographies montrant des corps d'enfants, nus ou dans des poses pouvant prêter à confusion ont de tout temps posé problème. De Lewis Caroll à David Hamilton en passant par Jock Sturges et Annelies Strba ou Graham Ovenden, Irina Ionesco et Gary Gross tous y ont été confronté.

Ainsi, la question de la sexualité (y compris l'homosexualité, la zoophilie, la transexualité...), de la pornographie et de la pédophilie ont accompagné et accompagnent toujours ce média dans ses démêlés judiciaires. L'évolution et la régression des moeurs est à ce point flagrante sur ce sujet et marque aussi les différents niveaux d'acceptation culturelle. Telle photo de Oliviero Toscani, photographes des publicités Benetton pourra être accepté en France et refusé en Italie et vice versa. La mort est una autre facette très controversée. Chaque culture ayant des degrés d'acceptation différentes (notamment entre monde chrétien et monde musulman). Le corps nu ou mutilé, souffrant ou exposé pose question, toujours et de façon différente selon les lieux et les époques.
Le médium s'est aussi prêté bien souvent à des falsifications et des tromperies. La photo truquée n'est pas une invention récente, photoshop n'a rien inventé. L'interprétation d'une photo est aussi source de confusion. Une photo hors contexte n'a plus de sens, ou prend celui qu'un texte qui l'accompagne veut bien lui donner. Mise en scène (massacre de Timisoara, photo de Robert Maas) trucage (fantôme, photos de Frances Griffiths), interprétation (Saint suaire) sont monnaies courantes.
Le médium prenant une importance de plus en plus capitale dans la diffusion de l'information qu'il est normal que les pouvoirs politiques aient voulu très tôt le maîtriser et l'instrumentaliser (libération russe de Berlin, photo d'Evgueni Khaldei, attentats du 11 septembre photo de Todd Maisel...).
Enfin le débat entre éthique et photo journalisme : doit-on tout montrer ou laisser le public imaginer en évoquant seulement l'horreur ? De la shoah au 11 septembre en passant par lady Di.

Ou cette photo au destin si dramatique et pourtant si révélatrice de cette polémique : "vautour guettant une petite fille en train de mourir de faim. N'y a-t-il pas un d'autres vautours ? Et qui sont-il ? Le photographe Kevin Carter qui se suicidera quelques temps plus tard suite à la polémique suscitée par sa photo ? L'éditeur ? Le lecteur, vous, moi ?


Formidable leçon de droit et de photographie, cet ouvrage apporte de nombreuses pistes de réflexion sur notre société et sur nous même.


Voir certains des clichés sur le site de l'Express. Lire quelques points de vue, essentiellement sur les expositions : Olivier Beuvelt, Lunettes rouges, Carole Wälti et Gérard Lefort. Découvrir l'exposition sur le site de la BNF et du musée de l'Élysée.

Controverses : une histoire juridique et éthique de la photographie
Daniel Girardin et Christian Pirker, éditions Actes Sud, musée de l’
Élysée, 2009, 45 €.



Par Jean-François
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Dimanche 12 juillet 2009

En ces temps de débat parlementaire sur la question du travail du dimanche, voici un film qui apporte un éclairage particulier.

Pierre Carles
, Christophe Coello et Stéphane Goxe ont réuni des extraits de films, les leurs et d'autres parmi lesquels : Paroles de Bibs, En finir avec la chaîne ?, Avec le sang des autres, Le RMI c'est la vie... pour construire un condensé présentant une idée pas si bête.

Et si le travail n'était pas utile ! 

Pourrions-nous être heureux au chômage, au RMI, sans se lever chaque matin pour aller bosser ? Nous savions déjà que le travail est plus aliénant que libérateur, bouffeur de temps de surcroît, malgré ce que peuvent en dire les patrons, politiques et nombre de syndicalistes.

Pourtant, dès que l'on choisit de vivre sans travail, on passe aux yeux de tous, aux yeux de la société, pour un parasite. En sera-t-il un jour autrement ? Pour avoir été au chômage plusieurs fois dans ma vie, pour avoir travaillé en CDD pendant plus de 8 ans, de façon saisonnière (je travaillais pour les loisirs des autres), j'ai toujours considéré mes périodes « d'inactivité » comme très fructueuses, tant sur le plan social que personnel. L'inactivité de ces périodes ne peut se considérer qu'au niveau de l'angle du travail ; j'étais loin d'être inactif, les choix de vie (pas de foyer, pas de maison, pas de loyer) que j'avais à l'époque me permettait même de voyager. Ces périodes ont été intenses pour moi, en termes d'apprentissage, de lecture, de compréhension (affirmation de soi, conscience politique, construction de mon adhésion à une pensée athée). Mais elles m'ont aussi marginalisé au sein même de ma famille, j'étais une sorte de mouton noir. Je n'ai commencé à obtenir une certaine légitimité que lorsque j'ai obtenu mon premier CDI.

C'est vous dire si le discours de ce film résonne en moi, et combien il me montre la fatuité de ma vie actuelle. Je comprends d'autant mieux que ce qui me manque le plus cruellement c'est du temps. Bien évidemment, j'ai la chance de faire un boulot non abrutissant et qui me plaît. Mais je ne supporte pas les propos de certains. Ceux qui veulent nous faire croire que le but ultime de la vie de tout un chacun se trouve dans le travail, que "travailler plus" peut nous permettre de "gagner plus". Mais gagner quoi au juste ? Ne sommes-nous pas en train de perdre la vie en nous escrimant à la gagner ?

Finalement quoi de plus philosophique que cette interrogation ? N'y a-t-il pas d'autres chemins vers le bonheur ou la sérenité que celui du travail ?
N'est ce pas le bon moment, alors qu'un nombre croissant de travailleurs se retrouvent au chômage, que les inégalités sont de plus en plus criantes, que les écarts entre les riches et les pauvres s'accroissent, les premiers s'enrichissent, les seconds s'appauvrissent, n'est-il pas salutaire de montrer à ces derniers qu'il existe peut-être une autre porte de sortie ? Et que ces patrons, amoraux et sans vergogne, ne viennent pas donner des leçons à ceux qui ont fait ce choix honorable, à mon sens.

Prenez le temps de voir ce film et de découvrir Pierre Carles et ses acolytes et de découvrir ses autres films : Volem rien foutre al païs et Qui dit mieux ?

www.rienfoutre.org

Attention Danger Travail
Par Pierre Carles, Christophe Coello et Stéphane Goxe, avec Dupain, Jocelyne Lemaire-Darnaud, Pierre Merejkowsky, le MEDEF, Bruno Muel, Kiki Picasso, Alain Rabéchault, André Szöts, Loïc Wacquant.

Par Jean-François
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Samedi 20 juin 2009


Ju An-Qi
invite ses spectateurs à entamer un voyage nocturne plein de surprises et de vie en allant à la rencontre d’une Chine intime. Le pays est en équilibre sur une bascule entre modernité et tradition : les mutations imposées par le capitalisme se heurtent aux réalités culturelles et sociales plus complexes. Le film se déroule tout au long d'une seule nuit. Nous voyageons avec les différents protagonistes des grands centres urbains aux régions provinciales. La caméra va à la rencontre des habitants et des travailleurs explorant leur quotidien nocturne.
 
La Chine, la nuit, est fourmillante, grouillante, émouvante, exaltante... Ce portrait ressemble à un kaléidoscope, il donne une image de la diversité chinoise et de sa réalité contemporaine. Tel un cliché photographique en donnant une image instructive du pays
le film superpose des parcours de vie étonnants et pourtant si communs. Le rêve et la révolte ne sont pas absents, même si la résignation semble parfois dominer l’état d’esprit des différents protagonistes. Le réalisateur  Ju An-Qi a su garder une distance avec les scènes et les personnages filmés. Le résultat est empreint d'une certaine poésie contemplative où se mêlent curiosité, révolte, sympathie...

Ce reflet moderne de la Chine nous plonge dans un abîme de réflexion sur l'âpreté de notre société.


Nuit de Chine
Ju An-Qi, édité par Doc and Co,
Production : Ready Made, Ex nihilo, Trench Film Group, Arte France, 2007.

Par Jean-François
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Mercredi 17 juin 2009


Allez, encore une petite madeleine !
Vous avez 2,90 €, 20 minutes de transport, un poche assez grande pour emporter un livre de 8 x 12 cm ?
Alors vous pouvez passer un agréable moment avec ce petit livre :  200 répliques cultes du cinéma. De "J'ai glissé, chef !" à "Nobody's perfect", de "A fool there was" de Frank Powell en 1915 à "Slumdog millionnaire" de Danny Boyle en 2009, nous voici engagé dans un large panorama du cinéma essentiellement américain et français. Les répliques sont référencées et contextualisées. Un index par film complète cette anthologie de bons mots et jolies phrases.

Pour passer le temps dans les transports ou pour être le support d'un petit jeu familial ou entre amis :

Qui a dit et dans quel film ? (réponses dans quelques temps dans les commentaires)

"I scream, you scream, we all scream for ice cream !"

"Mais, mon cher le bonheur n'est pas gai."

"Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie."

 

Un ouvrage offert par les éditions First et Babelio, dans le cadre du programme Masse Critique.

Une même idée de jeu et un billet similaire chez Françoise.

200 répliques cultes du cinéma
Vincent Mirabel, First éditions, 2009 - 2,90 €.


Par Jean-François
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