Vendredi 25 septembre 2009

Il était une fois un jeune homme un peu musicien, anthropologue, lecteur de Jean de Léry, explorateur du XVI° siècle. Il
venait d'arriver dans un nouveau pays, nouveau monde, sur la côte Ouest des États-Unis. Là, dans une université brillante, Berkeley, il allait pouvoir exercer son métier : observer les habitants
de cette contrée sauvage et si étrange, un groupe de musiciens coachés par un professeur érudit engagés sur les notes de musiques improvisées de Darius
Milhaud, John Cage, Berio Anthony Braxton... L'objet de sa recherche : comprendre comment les musiciens communiquent entre eux alors qu'ils ne peuvent pas parler.
Il y découvrirait aussi l'amour, l'amitié et certains de ses compatriotes. Il y ferait aussi connaissance de Barry, le petit ami de Mary. Mary est partie. Elle ne reviendra plus. Anorexique. Avec
Barry, elle rentrait d'un voyage chez les Indiens Guayaki, réputés cannibales. Ils avaient tous les deux fait un film sur cette étrange coutume.
Notre jeune homme va apprendre auprès de Susan, l'infirmière du campus, que Mary maigrissait par à coups. Ce qui n'est pas normal quand on souffre d'anorexie. Perplexe notre aventurier se lance
dans une enquête rythmée et dangereuse.
Jocelyn Bonnerave puise dans ses propres pratiques professionnelles (anthropologie et musique) pour écrire ce roman. La musique est d'ailleurs une
élément central sinon capital de ce livre. Écrit dans une langue claire et limpide, les mots glissent comme des notes de musiques, les phrases composent des pièces complètent où rythme,
mélodie, tempo et nuance résonnent. Chaque chapitre contient en soi une improvisation et un paysage particulier. De là à penser que ce livre pourrait être une symphonie... pourquoi pas ?
Le sujet reste tout de même prédominant. Un sujet de poids, sans mesures, un choc de cultures, sans foi, ni loi... et une critique de notre société occidentale, où cupidité et avidité se
disputent le devant de la scène.
Une réussite et un drôle d'OVNI littéraire.
Merci à Suzanne de

et aux éditions du Seuil.
Nouveaux Indiens
Jocelyn Bonnerave, Seuil, collections Fiction & Cie, 2009 - 16,00 €.
Par Jean-François
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Vendredi 19 décembre 2008
Une femme se démène avec ses souvenirs, ses douleurs, les secrets de familles, les silences des uns et des autres.
Roland, psychanalyste, était parti depuis longtemps. Il avait choisi la solitude d'une maison de campagne.
Devenue seule, à son tour, la narratrice s'est donc décidé à prendre le train et à lui rendre visite. Roland était l'amant de sa mère, puis cette dernière est partie. Dix ans ont passé, l'enfant est devenue femme. Dans la maison de Roland, les rituels sont toujours là : chaque
soir avant de se coucher, elle trouve sur sa table de nuit un recueil de conte.
Dans ce huis clos tendu, les contes vont agir comme des jalons et des révélateurs du parcours entrepris pour
remonter le fil des souvenirs. Tous les deux vont cheminer ensemble jusqu'à un terrible secret. Les images du passé vont resurgir. Qui est donc cette femme qui entretient la maison de Roland et
ne se laisse pas approcher ? Et cette petite fille qu'elle a rencontré dans les bois alentour ?
De la Belle au Bois dormant à Cendrillon (la jalousie fraternelle), de Blanche Neige (la
mort d'un parent) au Petit Poucet (la misère et l'abandon) en passant par le Petit Chaperon rouge (les adultes puissants face aux enfants) pour terminer avec la Petite Sirène et la Petite fille aux allumettes, ce parcours initiatique va nous
révéler tout un univers familial tourmenté, secret et jalonné de sortilèges...Les thèmes révélés sont ainsi très
classiques.
Nathalie Rheims a certainement lu la Psychanalyse des contes de fées de Bruno
Bettelheim, son livre en est comme un hommage, et on ne peut s'empêcher d'y penser en le lisant. Extrait :
"Les personnages des contes de fées ne sont pas
ambivalents ; ils ne sont pas à la fois bons et méchants, comme nous le sommes tous dans la réalité. De même qu’une polarisation domine l’esprit de l’enfant, elle domine le conte de fées.
Chaque personnage est tout bon ou tout méchant. Un frère est idiot, l’autre intelligent. Une sœur est vertueuse et active, les autres infâmes et indolentes. L’une est belle, les autres sont
laides. L’un des parents est tout bon, l’autre tout méchant. La juxtaposition de ces personnages opposés n’a pas pour but de souligner le comportement le plus louable, comme ce serait vrai pour
les contes de mise en garde […]. Ce contraste des personnages permet à l’enfant de comprendre facilement leurs différences, ce qu’il serait incapable de faire aussi facilement si les
protagonistes, comme dans la vie réelle, se présentaient avec toute leur complexité. Pour comprendre les ambiguïtés, l’enfant doit attendre d’avoir solidement établi sa propre personnalité sur la
base d’identifications positives."
Notre narratrice est en fait cet enfant qui a besoin de parfaire sa personnalité en se construisant des identifications positives.
Une lecture facile, mais des émotions partielles et distanciées. Un autre petit bémol : la
narratrice annonce tel conte être son préféré, puis quelques pages plus loin affirme la même chose pour un autre conte, c'est assez maladroit !
Livre offert par :

On en parle partout sur de nombreux blogs et notamment très bien sur Culturofil.
Le site de l'éditeur Léo Scheer, celui de l'auteur : Nathalie Rheims.
Le chemin des sortilèges
Nathalie Rheims, éditions Léo Scheer, 2008 - 14,00 €.
Par Jean-François
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On en cause...