Comics et BD d'outre Manche

Jeudi 27 novembre 2008

 

Voici l'histoire de quatre personnages étranges et inquiétants dans un  décor de village russe, perché sur un pic rocheux inaccessible : un boucher, brave père de famille, élevant seul sa fille handicapée (aveugle, manchote et bancale), un Duc terrifiant vendeur de chauffage central (le «Chostakov Heat») et un professeur, percepteur de la jeune fille. Ce dernier, jeune homme de la ville, est mandaté par le père pour donner une éducation à sa fille. Il vient pour un premier poste.

Les graines du drame sont plantées. L'amour, le pouvoir, la violence vont germer et croître. Le conte, cruel, peut démarrer : trois actes symphoniques. Pleins les oreilles !

 

Les références musicales sont omniprésentes : Chostakovitch ou Prokofiev vous accompagnent tout au long de ces aventures. Les références sont données à la fin de l'ouvrage (le mieux est de s'y reporter d'abord et de lire en écoutant les morceaux : un régal) ; dommage que l'éditeur, par ailleurs courageux, n'ait pas eu l'idée d'accompagner l'ouvrage d'une compilation idoine. Ce n'est pas une première pour Pascal Blanchet, puisque son précédent ouvrage, Rapide Blanc était aussi truffé de références musicales. Graphiquement, c'est à nouveau une réussite. Pascal Blanchet impose une nouvelle fois son style inimitable, à la fois rétro et moderne, tout en rouge et noir : sombre et cruel.

 

Bologne a remporté deux prix Lux en 2007 : dans la catégorie Livre, bande dessinée, roman graphique et le Grand prix de l’illustration.

 

Son site personnel.
Le site de l'éditeur : la Pastèque.

Pénélope en parle bien : Diantre, ou sur Klare lijn international un bel article, façon panier garni (plein d'autres idées à lire...), et enfin sur le site du Libraire par Adeline Corrèze.

 

Bologne, Conte en 3 actes symphoniques

de Pascal Blanchet, La Pastèque, 2007 - 10,00 €.

 


Par Jean-François
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Vendredi 24 octobre 2008
Ça y est ! Le cru 2009 du Festival de BD d'Angoulême est en ligne. 56 ouvrages de bandes dessinées à découvrir ou dévorer selon votre goût.


En voici un premier dont je n'ai fait qu'une bouchée, tellement il est bon. Je crois même que je vais me laisser tenter encore quelques fois.
Sock monkey. Oncle Gabby est un singe chaussette. Avec son ami le corbeau noir, cocher d'une drôle de carriole tirée par des scottish terriers, Oncle Gabby nous entraîne dans un voyage onirique aux réflexions philosophiques profondes : Oncle Gabby est a-nommeur. Il retire le nom des choses pour leur permettre d'avoir une nouvelle vie.

« Et bien que “Lune” soit un nom charmant, je te le retire à présent!
Maintenant, il nous reste un fin disque brillant qui embrasse les nuages nocturnes (que j’a-nomme également, les changeant en paradisiaques volutes de tulle)»

Ils se retrouvent tous les deux embarqués à la recherche d'un trésor merveilleux et doivent traverser des contrées peuplées de monstres cauchemardesques (les dessins sont fabuleux !), mais leur but ultime est de retrouver la petite Louise-Ann, propriétaire des peluches. L'épopée se transforme ainsi en une quête des origines.
En lisant Tony Millionaire on voyage dans des univers littéraires bien balisés : Little Nemo in Slumberland et Alice au Pays des Merveilles ne sont pas loin. La loufoquerie et le rêve jalonnent les aventures de nos personnages peluches. Ce ne sont pas les enfants qui rêvent, mais bien Oncle Gabby et son ami, et pourtant les réveils ne sont pas toujours ceux que l'ont croit : un retour au monde réel n'est pas si simple quand on est soi-même un être, certes dénué d'âme, mais investit du pouvoir d'a-nommer. La poésie s'égrenne tout au long de cette histoire qui reste profondément marquée par le thème du voyage onirique.

Le site de l'auteur : Maakies. 4 volumes ont paru aux Etats-Unis, vivement leur traductions en France. Vous pouvez fouiller dans vos archives ou trouver dans toutes bonnes bibliothèques, quelques strips de Tony Millionaire dans la livraison numéro 8 de feu la magnifique revue Bang (novembre 2004).

Sock monkey - Oncle Gabby

de Tony Millionaire, Rackham, (1ère édition 2002) 2008 - 14,00 €

Par Jean-François
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Lundi 24 mars 2008
rapide_blanc.jpg Pascal Blanchet nous invite chez lui, au Québec, au coeur des forêts profondes et sur les rivières tumultueuses. C'est de ces dernières d'ailleurs, dont il est question, puisque Pascal Blanchet nous raconte en détail l'aventure de Rapide Blanc. Rapide Blanc est une ville champignon, conçue par une entreprise (la SWAP : Shawinigan Water and Power) pour loger ses ouvriers. Rapide Blanc est aussi un barrage pour la production d'hydroélectricité. C'est une véritable ruée vers l'or blanc (la houille blanche) qui s'est déroulée au début du XX° siècle.

Tracez une ligne droite entre les villes de Québec et Montréal, prenez en le milieu vous vous retrouver à Trois-Rivière. Remontez vers le Nord, passez Shawinigan, longer la rivière  Saint-Maurice, traversez le parc national de la Mauricie et vous arriverez au barrage de Rapide Blanc, qui fut construit au début du siècle, dans les années 1920.

L'entrepreneur a fait construire une ville de toute pièce pour héberger ses employés. C'est l'histoire de la ville de sa conception jusqu'à son évacuation lors de l'automatisation de la centrale à la fin des années 1970.

Voilà une formidable et passionnante aventure industrielle, sociale et humaine. Aucun parti pris de l'auteur, juste le désir tenace de témoigner. Une oeuvre importante donc tant pour son contenu que par sa forme. En effet,
Pascal Blanchet impose un style particulier avec un dessin très art moderne, surfant sur la tendance design avec des tons ocres, juxtaposant les bruns et les oranges. La structure du récit est aussi très rythmée et ponctuée d'interludes musicaux. Une discographie est fournie en fin de volume. Il ne manque que le CD... (une idée peut-être pour une prochaine réédition ?)

Faites un tour sur le site de
Paul Desbiens ; sur cette aventure vous y trouverez des photos et des témoignage.
Un billet sur le blog Klare lijn international, un autre sur Bruits de bulles et un entretien avec l'auteur sur le site Le libraire.
Enfin et surtout ne ratez pas le site de l'éditeur québécois La Pastèque : il vaut le détour !!!


Rapide blanc 
de Pascal Blanchet, La Pasteque, 2007 - 20,00 €.


Par Jean-François
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Jeudi 15 novembre 2007
black-hole.jpg Voici un joli pavé en Noir et Blanc, sans gris de Charles Burns, auteur américain qui s’est fait connaître dans les années 1980, par des parutions dans le magazine Raw d’Art Spiegelman, grand pourvoyeur de talents.
Charles Burns
est auteur de BD, illustrateur (les fans d’Iggy Pop reconnaîtront son style), il a aussi travaillé pour la presse (New Yorker). Black Hole est une chronique de l’adolescence américaine.

Au milieu des années 1970, dans la banlieue de Seattle, les adolescents sont touchés par un mal étrange qui se transmet lors des rapports sexuels. Les manifestations symptomatiques de cette épidémie sont aussi variées que bizarres ou grotesques, voire inquiétantes : malformations, mutations diverses, visibles ou non. Le trouble est grand, installé dans la communauté lycéenne.
Les parents et adultes sont étonnamment absents. Les malades deviennent des parias, exclus par leur pairs, ils se rejoignent dans les bois où se renouent des liens sociaux.

Dans une ambiance très « drug, sex & rock’n roll » Charles Burns anime plusieurs portraits d’adolecsents navigant dans les flots mouvants et incertains de leurs sentiments, jouant de passions et d’ennuis. Alors que le décor et les intrigues sont bien plantés débute une série de meurtres inexpliqués… En utilisant des genres différents (fantastique, polar, bluette sentimentale), Charles Burns
nous offre une belle critique de notre société occidentale et plus spécifiquement nord-américaine. À des lieux de toutes ses soupes fadasses que la télé leur sert tous les soirs, voilà de quoi porter à réfléchir sur les questions des liens sociaux et de leurs délitements.

Black Hole
de Charles Burns, Delcourt, Collection Contrebande, 2006 - 29,90 €.

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Par Jean-François
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Dimanche 26 août 2007
b1-goon.jpg The Goon d'Eric Powell est une série de comics fraiche et réjouissante... euh... non, en fait c'est plutôt purulent et violent... quoique, c'est aussi absurde et anarchique... enfin c'est en tous les cas très, très loin des comics de super-héros en collants bien repassés et aux couleurs vives. En fait c'est très Rock'n'Roll... euh... non, c'est plutôt Punk quoique, vous voyez ce fameux clip de Michel Jacques-Son avec plein de zombies, et bien c'est tout à fait ça.
Bon, vous cernez un peu mieux le style ? Non ?
C'est l'histoire d'un mec, pas gâté par la vie, avec des morts tout autour de lui. Il décide de se prendre en main et de ne pas se laisser faire. Il n'a aucun mal c'est une force de la nature, musclé, bestial et même assez moche, ses dents de lapin lui donnent un air plutôt benet, mais il n'en est rien. Il se fait passer pour l'homme de main du redoutable maffioso Labbrazzio.
Il suffit juste de ne jamais se trouver dans ses parages et surtout de ne jamais mettre un pied dans Lonely Sreet. Car dans cette sinistre rue, royaume des morts vivants, règnent les pires ennemis de The Goon : le prêtre zombi et son fidèle et abominable sbire Lazlo. Du coup, si vous n'êtes pas un pote de The Goon, vous risquez de vous retrouver mort vivant. Ah ! j'oubliais... The Goon a un pote, c'est Frankie, un petit homme au visage en forme de cacahuète, il ne se quittent jamais et Frankie est impitoyable...
Toute une galerie de personnages, tous plus déjantés les uns que les autres, se succèdent et donnent le coup de main à l'un ou l'autre des protagonistes de ces histoires. De nombreux clin d'oeils à l'univers des comics émaillent leurs aventures, certains héros font parfois un petit détour (comme Hellboy dans le troisième tome). Le rythme est endiablé, des petites histoires laissent place à de grandes illustrations parfois à des strips. Le découpage est souvent déroutant mais découle d'une publication périodique incluant des annonces, des rappels ou résumés qui permettent de garder le fil. Des informations sur l'origine du personnage et de ses aventures s'egrennent au fil des pages et chaque tome, publié en France par Delcourt, se termine par une galerie de dessins d'auteurs européens rendant hommage à
The Goon.
Trois tomes déjà (plus de 16 aux USA) et on ne peut que frémir devant tant de violence, heureusement The Goon veille et, sous ses airs terribles, rend une justice pour le moins efficace et expéditive.

Eric Powell a d'abord collaboré avec Marvel Comics sur des séries phares : Hulk, Batman, Buffy, Hellboy. Mais c'est avec son propre titre, The Goon, qu'il a rencontré le succès. Cet humour noir et décalé a fait mouche. Rapidement la série a été primée, notamment par un Eisner Award en 2004.

Le site : The Goon
goon-accueil.jpg
Par Jean-François
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Lundi 2 juillet 2007
Lulu.jpg Après avoir découvert Posy Simmonds dans Little Lit, grâce à Art Spiegelman, j'ai été fortement séduit par sa libre adaptation d'Emma Bavary de Gustave Flaubert : Gemma Bovery. Depuis je suis à l'affût, dès que je trouve un livre de cet auteur je fonce tête baissée, je l'attrappe, le cache et l'emporte dans un coin pour pouvoir le déguster tranquille.

Dernièrement c'est Lulu et les bébés volants qui m'est tombé entre les pattes. Classé dans les albums ce vieux bouquin est en fait une petite bande dessinée. J'ai honte ! Huit ans que je travaille dans cette bilbiothèque, devenue médiathèque, et je ne m'étais jamais aperçu de sa présence...

Et, en plus, hérésie, je l'avais laissé parmi les albums au lieu de le rapatrier vers les BD. Certes, son format (26 x 22), le rapproche plus des albums tout comme sa pagination (une vingtaine de pages seulement). Le pire, c'est que je vais l'y laisser, c'est encore mieux ainsi, il permettra de faire un pont entre les genres, comme Gemma Bovery peut le faire entre BD et roman.

Bon, de quoi est-il question ?
C'est l'hiver, Lulu est toute habillée et prête
à partir au parc avec son papa et son petit frère Arthur. Mais Arthur est un bébé et il faut bien le couvrir. Papa et maman prennent leur temps et Lulu s'impatiente. Après avoir avoir abusé de sa patience le trio arrive au parc, mais le papa décide que le musée sera beaucoup mieux pour tous, car il fait trop froid et Arthur risque de s'enrhumer. Dommage, il neigeait. Vous imaginez sans peine que Lulu a des raisons d'être en colère. Alors, arrivée au musée elle craque, décide de ne plus bouger et s'assoit sur un canapé. Elle boude : "j'aime plus mon papa !". Elle gratte son nez et se mouche sur sa manche, puis entend soudain : "mais c'est dégoûtant"... Qui peut bien lui faire encore des reproches ? 

Posy Simmonds nous entraîne dans une histoire tendre et non dénuée d'humour, accessible dès 4/5 ans. Une belle aventure. Attention, cet ouvrage n'est actuellement plus disponible, tentez les bilbiothèques...

Lulu et les bébés volants
de Posy Simmonds, Hatier, Paris, 1988 - 8,99 €.
Par Jean-François
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Jeudi 21 juin 2007

ethelernestC.gif Voici une bande dessinée au charme surrané. Raymond Briggs nous invite à un parcours intimiste tout au long du XX° siècle. Ce récit fortement autobiographique nous permet de suivre la vie de ses parents, de leur rencontre en 1928 à leur mort dans les années 1970.
Ethel et Ernest sont deux personnes charmantes issues d'un milieu social populaire. Ethel est femme de chambre, Ernest livreur de lait. Ils ont une curiosité saine sur le monde qui les entoure et commentent une actualité qu'ils ont parfois du mal à comprendre (le téléphone, la HI-FI, la bombe H...). Leur mode de pensée étant souvent engoncé dans des principes archaïques, ils doivent faire preuve d'ingéniosité pour accepter ces évolutions. La magie du couple et de l'amour leur permet de porter sur le monde un regard des plus intelligent. Chacun ayant toutefois des difficultés à accepter certaines de ces évolutions, surtout sur les sujets qui leur tiennent le plus à coeur. Ernest, indéflectible travailliste, refuse de voir les erreurs des gouvernements de gauche, quant à Ethel, mère aimante d'un fils unique, ne supporte pas de le voir si mal coiffé en pleine période hippie ; et elle l'accueille toujours un peigne à la main, y compris le jour où celui-ci vient leur présenter sa future femme.
La fin est très émouvante. Cette histoire est un vibrant hommage que Raymond Briggs rend à ses parents disparus.

Je vous propose de lire les chronique de Florinette, de Barbabella et de Sassenach ; et surtout une superbe analyse sur l'Adamantine le webzine de Harry Morgan.

Enfin découvrir un fan site en anglais sur Raymond Briggs.

Ethel et Ernest
de Raymond Briggs, Grasset, Paris, 1998 - 18,90 €.
Par Jean-François
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