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Little Boy - La passion - Jean-Pierre Cannet

2 Février 2011 , Rédigé par Jean-François Publié dans #Théâtre

 

George Kane est aviateur. Le 6 août 1945, il survolait Hiroshima, lorsqu’il aperçut Ginko, une jeune femme japonaise. Le coup de foudre, au propre comme au figuré fut immédiat.

 

Son retour aux USA, dans son foyer n’est pas simple. Il refuse son nom et se fait appeler Little Boy, du nom de la bombe atomique. Sa femme et ses deux enfants ne le reconnaissent plus. Accueilli en héros, statut qu’il refuse, son attitude est étrange et ambivalente. Jusqu’au jour où il entend Albert Camus, seul intellectuel occidental à prendre position contre la bombe et à dénoncer ce qui a été fait à Hiroshima et Nagazaki. Il décide alors de se rendre à Paris.

 

Quelques années plus tard, une jeune femme eurasienne, Hibakusha, enquête sur ses origines. Elle apprend qu’elle est fille d’un officier américain, un certain George Kane. Elle tente de le retrouver, à Paris dans une chambre d’hôtel.

 

Ce texte est fort. Admirablement découpé en scènes courtes, faisant appel à des personnages témoins qui racontent la vie de George Kane alternant avec les récits des protagonistes : Little Boy et Hibakusha.

Ainsi se succèdent : un officier de l’Enola Gay, Fanny la femme de George, une voisine, le médecin de George, une femme de ménage, le directeur d’école de sa fille, son beau-frère, une hôtesse de l’air et un gardien du musée du Louvre… autant de personnages qui par leur voix donne une vision du drame, une parcelle de la vie de George Kane post-bombe.

 

L’écriture de Jean-Pierre Cannet est simple, sans artifice, presque poétique, cette histoire est exceptionnelle. C’est un véritable pari que de raconter Hiroshima en mêlant le destin d’un aviateur américain et d’une rescapée de la bombe et surtout en y instillant l’amour. Comme si dans ce lieu, où la haine a tout brûlé, l’incandescence de l’amour produisait à la fois une renaissance et un effacement de la haine. La naissance d’un enfant, symbole du métissage et une ouverture sur un travail de mémoire en permettant aux belligérants et aux amoureux de se rencontrer. Un étrange aller-retour entre Japon et Amérique, qui montre aussi combien cette bombe a pu atomiser une famille américaine, après avoir irradiés de nombreuses familles japonaises ; et dénonce le paradoxe de la cécité des sociétés occidentales face à l’horreur atomique (plus terrible encore que n'importe quel génocide, puisqu’elle touche sans distinction toute une population, et surtout parce qu’aucun État ne s’est élevé contre la production de bombes atomiques par la suite, et qu’encore aujourd’hui nous vivons sous la menace nucléaire).

  

Une pièce de théâtre qui finalement se prête très bien à la lecture à voix haute d'après le metteur en scène Christophe Rouxel 

"... Pendant ces lectures, on peut caresser le texte, laisser entendre ses sonorités, sa poésie, ses accents graves et aigus. Et si l’enjeu de ce texte c’était cela, la restitution de cela ? Si son âme était là, tapie, secrète ? Nous aurions tort alors de ne pas le nommer, le poème d’amour de l’humanité, sans artifices inconsidérés, sans éclats de voix. Les voyages dans des espaces neutres et dans les temps donneront corps à cette histoire."  

 

Un dossier avec extraits sur Théâtre contemporain.net et sur le site du Théâtre de l'éphémère.

 


Little Boy - La passion

Jean-Pierre Cannet, éditions Théâtrales, collection Passages Francophones, 2005 - 11,00 €.

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In Cold Blog 03/02/2011 22:13



Ton billet est à la fois intriguant et tentant. Je vais suivre les liens que tu proposes pour découvrir un extrait du texte. J'aime généralement lire du théâtre mais si, en plus, cette pièce se
prête très bien à la lecture, que demander ?



Jean-François 10/02/2011 09:13



C'est bien rare de trouver des amateurs de théâtre lu. Bien souvent - la majorité des mes collègues bibliothécaires - réchignent à en lire, "le théâtre c'est fait pour le spectacle vivant". Et
bien non, pas uniquement pour cela ! Il existe des textes très forts qui se laissent lire avec un grand plaisir, à voix haute ou pour soi.