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Letters from Iwo Jima de Clint Eastwood

28 Mars 2007 , Rédigé par Jean-François Publié dans #Cinéma

Ce n'est que 60 ans après les évènements que des américains osent, enfin, regarder la réalité d'une bataille en se plaçant du point de vue de leurs adversaires. Lettres d'Iwo Jima de Clint Eastwood décrit, par le détail, la bataille d'Iwo Jima dans le Pacifique, en février et mars 1945.

Cette propension à regarder par l'autre bout de la lorgnette est assez rare pour mériter d'être signalée. Cependant le film fait partie d'un dyptique dont le premier élément Mémoires de nos pères est sorti cet automne. Ce premier film (que je n'ai pas vu) relatais la bataille vu du côté des américains et plus spécialement le sort de trois soldats immortalisés pour avoir hissé le drapeau sur le Mont Suribachi par une photo de Joe Rosenthal qui a fait le tour du monde (le cliché a reçu le prix Pulitzer).
La pose du drapeau sur l’ïle d’Iwo Jima, photo de J. Rosenthal

Clint Eastwood a voulu montrer les effets de la propagande sur les hommes. Dans le premier film, la Mémoires de nos pères, ce sont des soldats utilisés par l'armée pour lever des fonds servant à financer l'effort de guerre ; propagande en action, broyant les hommes et leur raison. Dans le film Lettres d'Iwo Jima, c'est une propagande qui a déjà fait ses effets sur les hommes et les soldats. Ces hommes, ces soldats sont confrontés à une situation extrême, brutale : les voilà piégés sur une île, mais aussi dans leurs esprits. Comment des soldats forgés dans une matrice qui glorifie les valeurs du combat, du courage, de l'honneur, lorsqu'ils se rendent compte qu'ils sont condamnés, vont-ils réagir face aux désirs de fuite, de désertion, de reddition ? Quand leur maxime préférée est "plutôt mourir que fuir" ? Lorsque le suicide rituel, seppuku, est à ce point glorifié et encensé...
Nous assistons à un admirable film de guerre antimilitariste.
Clint Eastwood montre la guerre de telle façon qu'il est impossible de s'en sortir indemne, de ne pas se poser la question de la pertinence guerrière, de l'utilité des massacres. Comment peut-on sacrifier, d'un côté, comme de l'autre, des milliers d'hommes pour un bout de caillou posé sur l'Océan Pacifique ?
Et, surtout comment réagissent les hommes face à ces différentes questions, car ce sont eux, les individus (alors que la guerre les nient) qui sont les véritables héros de ce film. Des hommes déterminés, indécis, forts, affaiblis, courageux, fous... des hommes emplis d'une humanité complexe, changeante, imprécise, luttant constamment entre le désir immédiat de survivre et celui, réfléchi, de construire une vie heureuse, où l'amour, la famille, l'amitié tiennent la place primordiale... Ce sont les paroles, les regards, les visages qui font la réussite de ce film. Les gestes, les postures, les images ne permette que de répondre au genre du film de guerre.
Bref, en acceptant les poncifs du film de guerre, où la violence est omniprésente et la stupidité monnaie courante, nous découvrons une entreprise qui nous amène à réfléchir en faisant résonner en nous des éléments de l'actualité récente.
Une entreprise intéressante et salutaire, qu'il faut dédier à tous les soldats qui sont morts pour ce bout de caillou et à la raison perdue sous le bruit des armes.

Liens :
- site des films Lettres d'Iwo Jima et Mémoires de nos pères.
- un lien sur Clint Eastwood et son dernier film.
- une vidéo d'actualités cinématographiques d'époque relatant le débarquement à Iwo Jima.

Letters from Iwo Jima, de Clint Eastwood, scénario de Iris Yamashita & Paul Haggis, production : Malpaso productions / Amblin Entertainment, budget : $ 15 million, musique de Clint Eastwood, durée : 02 H 22
Avec : Ken Watanabe, Kazunari Ninomiya, Tsuyoshi Ihara, Ryo Kase, Shido Nakamura, Yuki Matsuzaki, Hiroshi Watanabe, Takumi Bando, Nobumasa Sakagami, Takashi Yamaguchi et Nae Yuuki.
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Philippe 28/03/2007 23:42

Salut cher Jean-François. Je suis assez d\\\'accord avec ta chronique, même si certain partis pris du réalisateur me gênent un peu cette fois-ci (sachant que je suis un grand admirateur du Clint Eastwood metteur en scène). En effet, parmis les gradés du camp japonais, les deux personnages les plus "humains" et raffinés sont le général (Ken Watanabe, impérial comme d\\\'habitude) et le Baron Ishi, bref, les deux mêmes qui ont vécu aux USA avant que la guerre n\\\'éclate. Tous les autres, les japonais "non occidentalisés" donc, sont dépeints comme des brutes obstinées. Pas très fin de la part de Clint, qui nous a habitué à plus de finesse. A part ça, très beau film, rien à dire.. A bientôt ! PhilPS : ton blog est vraiment super interessant, avec plein de bonnes choses à découvrir.

Jean-François 29/03/2007 00:32

Merci Phil.Je fais une analyse un peu différente sur ce film.
Deux autres japonais sont tout aussi et même plus humains que les deux gradés que tu décris (déjà pour être gradé, faut un peu avoir perdu une certaine forme d'humanité, enfin, c'est rude mais c'est ce que je pense, mon côté antimilitariste et objecteur de conscience qui remonte, c'est sûr). Ce sont deux simples soldats, l'un est le "héros" de ce film, le seul pour qui la vie importe plus que l'honneur morbide (mode samouraï et seppuku), boulanger de son état, il a promis à sa femme et sa fille en gestation qu'il reviendrait ; et le second est ce jeune homme (Ah ! ces noms japonais m'échappent, désolé) ancien policier, radié pour insubordination et envoyé à Iwo Jima pour expier sa faute (tout de suite, il gagne des points en capital sympathie, enfin, je ne voudrais pas paraitre trop allergique aux uniformes, mais il faut voir l'extrait pour se rendre compte et apprécier cette ironie...). Son refus de la violence le destinait aussi à échapper à ce morbide sens de l'honneur, mais sa tentative de reddition s'est heurté à la stupidité (allez, je l'écrit, l'immense connerie) de deux soldats américains. Par contre je ne me souviens pas que le baron Ishi ait vécu aux USA, c'est son engagement de sportif de haut niveau qui l'y a conduit, par sa participation aux JO de 1932 à Los Angeles. Ishi et Kuribayashi développent leur humanité auprès de leurs soldats, ils respectent leur engagement et tentent de soulager leur âme, comprenant mieux que quiconque que leur lutte commune est sans espoir. Mais leur fin témoigne d'une acceptation parfaite à ce code de l'honneur auxquels ils ont tant de mal à se défaire :
Vaincre ou mourir !

christophe fétat 28/03/2007 19:45

L'inspecteur Harry  ne m'a jamais convaincu par contre j'ai découvert sur le tard le réalisateur Clint Eastwood qui est le plus souvent excellent. Malheureusement j'ai raté ces deux derniers films. ta chronique me fait penser que j'ai eu vraiment tort !

Jean-François 29/03/2007 09:47

Comme toi, j'apprécie l'homme, quitte à pardonner ces errements juvéniles... Je ne peux que te conseiller de foncer voir au moins ce film ci. Je n'ai moi-même pas vu le premier (Mémoires de nos pères) et ne le regrette pas. Plus tard, peut-être...