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Le Génépi et l'Argousier

Oradour la douleur et Les enfants d'Izieu de Rolande Causse

21 Mars 2007 , Rédigé par Jean-François Publié dans #Poésie et Comptines

Cet automne, lors d'un stage professionnel, je rencontrais le responsable de la Maison du souvenir  de la commune de Maillé dans l'Indre et Loire. Je découvrais par son témoignage le sort funeste dont 124 personnes (dont une majorité de femmes et d'enfants) furent victimes, massacrées par une armée allemande en déroute le 25 août 1944. Le village fut aussi détruit, mais contrairement à Oradour, reconstruit sur place.

Oradour sur Glane.

Ce drame national est devenu symbolique. La force des symboles est importante, capitale, mais elle occulte d'autres drames comme celui de Maillé. Nulle comptabilité ne peut justifier une échelle de valeur dans le malheur qui a touché ces familles à Maillé, à Oradour et ailleurs. Les exactions des allemands à cette époque peuvent en rappeler d'autres à Sabra et Chatilla, à Srebrenica, au pays des milles collines, en Irak, en Tchétchénie... partout où la guerre sévit et où la raison des hommes est en berne.

Dans un autre registre, mais tout aussi dramatique, les 12 et 19 mars dernier nous avons pu voir Véronique Genest dans La dame d'Izieu à la télévision
sur une chaîne qui ne me plaît guère de nommer. L'émotion était au rendez-vous. Pourrait-il en être autrement face à l'horreur vécue par ses gens ?
Cependant il y a toujours plus intéressant qu'un film TV pour évoquer ces drames. Se rendre sur les lieux, lire des témoignages, des études historiques, faire oeuvre de mémoire et de transmission, si on a des enfants ou simplement si on travaille auprès d'eux. Parmi les lectures que j'ai pu dénicher sur ces sujets, il m'est arrivé, il y a quelques années, de faire la découverte de deux recueils de poésies.

Comment pouvions-nous aborder ces drames par la poésie, tout en gardant le sérieux, la distance nécessaire, l'objectivité relative... ? L'art poétique pouvait-il rendre compte de ces sujets ?
Puis j'ai pensé au Dictateur de Charlie Chaplin, à La vie est belle de Roberto Benigni, et je me suis dis que ça devait être possible.
La poésie est partout, y compris là où on s'y attend le moins. Elle est un moyen des plus efficace pour faire surgir l'émotion par quelques mots choisis, fugaces, incisifs. C'est ce que j'ai pu trouver dans les ouvrages de Rolande Causse. Elle a approché, touché l'essence même des instants tragiques, des douleurs vécues, des horreurs inconcevables... tout en restant très proches des enfants, des gens, de tout ce que le système nazi cherchait à détruire :
l'humanité.

Oradour la douleur est illustré par Georges Lemoine. Le recueil rend la parole aux gens, aux gestes de la vie quotidienne, aux quelques instants qui ont précédé le drame. C'est la rencontre de
Rolande Causse avec des survivants qui a fait naître ces textes où le besoin d'exprimer les douleurs, de faire entendre le choeur de celles qui ont perdu leurs proches se traduit avec les mots de l'émotion.
C'est une parfaite réussite.
extrait :

Le cauchemar

Sur le buffet, une photo :
Un bébé aux yeux graves.

Marguerite,
Une enfant sage de onze ans
habite chez sa grand-mère.

Marguerite,
Une élève sérieuse
obtient tous les premiers prix à l'école.

Marguerite,
Un regard qui transperce
et un sourire de Madone.
Sur un petit carnet bleu, elle a écrit :
"Je prends la résolution de ne jamais faire de mal aux autres."

Au mois de mars 1944,
Grande joie pour Marguerite.
Sa mère passe quelques jours auprès d'elle.

Une nuit,
elle se réveille, se dresse et crie :
"Le feu ! Maman, le feu, le feu ! J'ai peur !"
Sa mère la serre dans ses bras et la console.
- Emmène-moi. Si je reste ici, je vais mourir.
- Sois patiente, Marguerite, je reviens au mois de juin et à la fin de l'été nous habiterons toutes les deux à Paris.
La mère de Marguerite repart vers son travail
dans la capitale.

En toute confiance,
Elle la laisse
auprès de sa grand-mère et de ses trois oncles.

C'est le printemps au hameau des Bordes.


Dans Les enfants d'Izieu,
Rolande Causse nous propose tout d'abord un long poème poignant qui redonne vie aux enfants d'Izieu et raconte le calvaire de leur déportation, jusqu'à la solution finale qui laissa Léa, seule survivante d'un enfer innommable. Vient ensuite le livret d'un opéra dont la musique est composé par Nguyen-Thien-Dao sur une mise en scène d'Alain Ollivier. Le livre se termine par un témoignage de Sabine Zlatin, fondatrice de la maison d'Izieu.


Un site très bien fait sur le sujet : Oradour souviens-toi.
Le site du Centre de la mémoire d'Oradour.
Le site de l'association de la Maison d'Izieu.
Le site de la commune de Maillé et de la Maison du souvenir.
Le site d'une descendante de rescapés du massacre de Maillé.


Oradour, la douleur de Rolande Causse, illustrations de Georges Lemoine, Syros jeunesse, collection Les uns les autres, Paris, 2001 - 8,50 €

Les Enfants d'Izieu de Rolande Causse, témoignage de Sabine Zlatin, Seuil, Paris, 1994 - 11,30 €.
Cet ouvrage est aussi disponible chez Syros jeunesse (2004) avec des illustrations de Georges Lemoine au prix de 5,90 € et chez Frémeaux et associés (2004) avec un CD audio (lecture de Bulle Ogier) au prix de 19,99 €.

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