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K et Le Sommet des Dieux de Jiro Taniguchi

15 Mars 2007 , Rédigé par Jean-François Publié dans #Mangas, manwha, BD asiatiques

Ces deux mangas nous offrent une facette commune du travail de Jiro Taniguchi (谷口ジロー), sur les scénarii de deux autres artistes) : le talent avec lequel il rend compte des combats et des interrogations des hommes face à la nature, et la maîtrise avec laquelle il dessine cette dernière. Chaque histoire permet aux auteurs de mettre en scène les valeurs inhérentes à l’alpinisme : le courage, la persévérance, la ténacité, la pugnacité et un certain regard sur les rapports entre la vie humaine et les forces de la nature.
Finalement qu’est ce que l’alpinisme, au-delà du dépassement de soi, qu’une histoire de conquêtes, souvent futiles et finalement motivées par la compétition et le désir d’être le premier ? Mais c’est justement les questions du dépassement de soi et du rapport à la montagne et aux éléments qui intéressent les auteurs dans leurs entreprises.

K (漫画) est un manga assez ancien de Jiro Taniguchi, d'après un scénario de Shiro Tosaki, c'est un recueil de nouvelles qui a pour toile de fond la montagne himalayenne.
Nous suivons les aventures d’un homme mystérieux, il se fait appeler K. Il est
japonais, et s'est installé au Népal après l'accident de montagne qui a couté la vie à un de ses compagnons de cordée. Nous sommes invités à gravir les qualités et les tourments de l’âme humaine, lorsque celle-ci est mise à rude épreuve, notamment par les éléments particuliers à ce milieu naturel : le froid, le vent, l’altitude, la raréfaction de l’oxygène, la solitude, le danger… Bien souvent, ces éléments sont mis en concurrence avec les travers de l’humanité que certains de nos proches développent à merveille : l’arrogance, la prétention, l’incompétence, la jalousie.

K2 est le titre de la première nouvelle. Elle a pour cadre un sauvetage. Deux alpinistes chevronnés ont tenté de gravir la face nord, encore inviolée du K2, mythique montagne du Pakistan. Le porteur a fait une chute mortelle, entraînant son camarade de cordée. Celui-ci est coincé dans une paroi nommée « Allah face ». Fils d’un puissant homme d’affaire, son père est prêt à mettre en jeu sa fortune personnelle pour le sauver. Mais les autochtones l’assurent que la vie n’est pas une affaire d’argent, et la paroi en question est insurmontable… sauf, peut-être, pour K. Lorsque, enfin (les conditions climatiques étant favorables) celui-ci se décide à tenter quelque chose, malgré l’arrogance du père, on sent que nous allons être entraînés dans une aventure qui va nous emmener au plus profond de nous-même, dans les recoins obscurs des capacités mentales et physiques de l'homme. Cette histoire nous permet de découvrir combien K est un personnage à part, qui a su forger sa personnalité grâce à une connaissance approfondie de la montagne, un respect à toute épreuve et une appréhension juste des limites de ses capacités, tout en ne doutant pas que ces dernières sont encore imparfaitement maîtrisées.

Dans Pumo Ri, la seconde nouvelle, K est enlevé par d'étranges militaires. Après un début d’histoire rocambolesque,
K est contraint de conduire l’un d’entre eux sur une zone inaccessible sans toutefois connaître le but véritable du voyage. Après de multiples péripéties, K sauve de nombreuse fois la vie de son compagnon d’infortune, ils arrivent sur les lieux d’un drame où les attendent un dénouement tragique et néanmoins différent pour chacun. Cette nouvelle, la plus improbable, mêlant la fiction géopolitique et l’alpinisme, contient néanmoins un suspens fort bien mené.

Everest, la troisième nouvelle, est découpée en deux parties. K vient à la rescousse d'un de ses amis sherpa dans la face sud-ouest de l'Everest. Cette face comporte un pilier infranchissable où le vent règne en maître.

Makalu est aussi en deux parties. Ce sauvetage est l'occasion d'en apprendre un peu plus sur le mystère qui règne autour de K. Un grelot tient un rôle capital.

Kailas est l'occasion d'une confrontation entre deux cultures, mais aussi la découverte de légendes liées à la haute-montagne et à ses phénomènes météorologiques extrêmes.

Chaque nouvelle donne l'occasion de découvrir des techniques de grimpe et de secours. Le suspens est omniprésent. Rien n'est jamais gagné et tout se joue souvent à quelques petits détails insignifiants mais si important. Comme si l'alpinisme n'était après tout qu'une affaire mêlant au mental et à la technique une part non négligeable de chance...

K, dessins Jiro Taniguchi, scénario Shiro Tosaki, Kana, collection Made in, Bruxelles, 2006 - 15,00 €.
Le Sommet des Dieux (神々の山嶺) est beaucoup plus récent. Jiro Taniguchi a obtenu, en 2005, le prix du dessin du festival d'Angoulême pour cette série en 5 tomes, scénarisée par Yumemakura Baku.

Fukamachi, un photographe-alpiniste japonais,
découvre un étrange appareil photo. Celui-ci ressemble à celui qu'avait emporté Georges Mallory, le célèbre alpiniste anglais qui perdit la vie en 1924 en pleine ascension de l'Everest avec son compagnon Andrew Irvine. Aucune preuve ne peut confirmer s'ils ont atteint le sommet. En achetant l’appareil, Fukamachi met le doigt sur l’un des plus grands mystères de l’Himalaya.
Cet achat lui permet de rencontrer Habu
Jôji, génie japonais de l'alpinisme
. Ce dernier disparaît avec l’appareil. Commence alors une longue enquête sur Habu Jôji, personnage solitaire dont la passion pour la montagne n’a d’égal que son talent pour la grimpe. Habu Jôji, est un personnage fort et mystérieux, on pense à K. Ils sont tous les deux japonais, installés au Népal, ayant eu un passé tourmenté et trouble.

Mais, attention, Le sommet des dieux n'est pas comme K une succession de récits autonomes sur des sauvetages extrêmes. Nous sommes là en présence d'une véritable oeuvre littéraire forte et complexe. Les rebondissements de l'intrigue sont nombreux, les personnages bien campés et les dessins admirables.
S'il ne fallait en lire qu'un, prenez
Le sommet des dieux, même si vous vous engagez dans une lecture de plus de 1500 pages.

Le sommet des dieux, (5 volumes) de Yumemakura Baku, dessins de Jiro Taniguchi, Kana, collection Made in Japan, Bruxelles, 2004 - 18,00 €.

J'en viens personnellement à préférer le talent de naturaliste de
Jiro Taniguchi, (faunes, flores et paysages sont splendides) à celui de portraitiste : que d'un livre à l'autre un ours ressemble à un ours, une montagne à une montagne, une vague à une vague cela semble plutôt une grande qualité ; par contre je peine à trouver des différences flagrantes à ses héros qui souvent semblent être si proche qu'on en vient à se demander s'ils ne font pas tous parti de la même famille. Ce bémol n'enlève pourtant en rien à la qualité de ces ouvrages et au plaisir que j'éprouve à leur lecture.

Voir aussi : L'homme de la Toundra.
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ekwerkwe 18/06/2007 21:03

Cette fois, c'est moi qui viens parler de Taniguchi chez toi!Tes billets sont très intéressants. J'ai du mal à rapprocher ces mangas-là de "Quartier lointain". Les illustrations de couv' marquent déjà une vraie rupture. Peut-être que ces récits (qui ont l'air, a priori, beaucoup moins autobiographiques que QL ou "Le journal de mon père") l'incitent à privilégier le contexte: d'ailleurs, seule la version intégrale de QL a droit à un décor (que je n'adore pas, d'ailleurs), la version originale est désespérément vide...Bref, une bonne raison d'attendre avant de me faire une opinion un peu plus définitive sur Taniguchi!