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Le Génépi et l'Argousier

Pink de Kyôko Okazaki

12 Mars 2007 , Rédigé par Jean-François Publié dans #Mangas, manwha, BD asiatiques

Attention chef d'oeuvre !!!
Voici à nouveau un manga ! Le premier traduit en France de Kyoko Okazaki (岡崎 京子). C'est un cadeau d'anniversaire, et comme toujours un choix vers lequel je ne me serais jamais porté seul. Et une nouvelle fois, j'ai craqué.
Le genre de celui-ci est une chronique de la vie quotidienne. Nous suivons Yumi, une jeune femme, employée de bureau, qui se prostitue pour arrondir ses fins de mois et nourrir son crocodile. Comme animal de compagnie, on ne peut pas faire plus original.
"Si tu n'es pas heureuse, il vaut mieux mourir" lui disait sa mère. Et cette dernière est morte, laissant sa fille seule, avec un père riche mais trop absent. Yumi choisi de vivre et même de mordre la vie à pleine dents. Alors tout paraît simple pour elle.
Mais son père s'est remarié et elle déteste sa belle-mère - des sentiments d'ailleurs amplement partagés. Keiko, sa petite soeur, tente de faire le lien entre tous ces éléments : Yumi, le crocodile, la belle-mère et... Haruo. Ce dernier est l'amant de sa mère. Un jeune homme qui tente vainement de devenir écrivain.

Tout semble se dérouler comme Yumi l'entend : une vie plus ou moins bien réglée, presque ordinaire... jusqu'au jour où elle surprend les deux amants et décide de suivre le jeune homme. Elle s'immisce dans sa vie sans lui laisser le choix. Haruo tombe progressivement amoureux de sa nouvelle colocataire... Mais la mère de Keiko, en horrible marâtre - elle a lu les contes de notre enfance - décide de se venger de tout ce petit monde...

C'est frais, dynamique, plein d'humour, c'est bigrement bien raconté et largement bien dessiné. La technique de tramage est originale : les trames figurants les ombres semblent être posées maladroitement sur les personnages, les objets, les décors ; on a parfois l'impression de se retrouver avec ces vieilles BD, lorsque la couleur dépassait des contours des personnages, procurant une vision double. Ici, rien de tel, ni de désagréable, simplement une impression surannée qui colle bien au propos en s'en démarquant.
Kyoko Okazaki décrit admirablement bien une certaine réalité des familles urbaines modernes au Japon. 

Qui est
Kyoko Okazaki ?
Une jeune femme, née en 1963 à Tokyo. Elle fait ses débuts à 17 ans et se distingue de ses consoeurs en accordant une large place à la sexualité dans ses récits. L'humour le dispute souvent au tragi-comique de situations parfois rocambolesque. Elle dépeint une société japonaise moderne avec des valeurs très proches de ce que nous connaissons, ce qui en fait une œuvre qui facilite l'identification des lecteurs occidentaux.
C'est avec impatience que j'attendrai la traduction d'ouvrages comme Happy House (1992) et River’s Edge (1994)
. Pink date de 1989.
Malheureusement Kyoko Okazaki a eu un accident de voiture, en 1996, qui l'a contrainte à arrêter sa carrière.

- Pour en savoir plus sur Kyoko Okazaki, lire un article très intéressant de Hiroko Sato « Aperçu des mutations de la famille japonaise au XXe siècle à travers trois mangas », Clio, numéro 19/2004, Femmes et images, mis en ligne le 27 novembre 2006.
- Kyoko Okazaki
a été la chef de file de toute la nouvelle génération de mangaka (dessinatrices de BD nipponnes). Elle a notamment inspiré Kiriko Nananan l'auteur de Strawberry shortcakes et Blue.

Pssssittt.... n'oubliez pas de lire les commentaires, pour de plus amples informations... et à laisser le votre...

- Pink, de Kyôko Okazaki, Casterman, collection Sakka, Bruxelles, 2007 - 10,95 €
- disponible aussi chez le même éditeur dans la collection Ecritures au prix de 15,95 €

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Loïs de Murphy 15/03/2007 08:11

ok, si je le trouve je jetterai un oeil :o)

Loïs de Murphy 14/03/2007 10:29

Merci pour ces précisions. D'accord avec toi pour ne pas ouvrir le débat ce n'est pas le but, et d'accord pour dire qu'un job pas souhaité est une forme de prostitution. Mais pour la prostitution du corps, si tu es un homme je te propose de tester une "relation intime" (j'essaye un euphémisme) avec un homme que tu ne connais pas, et après tu donneras ton avis que j'écouterai avec  intérêt, et  je verrai si tu continues à le mettre sur le même plan qu'un job imposé :o))
 

Jean-François 14/03/2007 23:20

Non, non, non, je ne testerai rien de ce genre. Là n'est pas la question, je n'ai jamais dit que je partageais les idées décrites dans ce livre. Ce sont Jean-Luc Godard et Kyoko Okasaki qui ont dit que "le travail n'est que prostitution", pas moi. Libre à chacun de partager cette opinion ou d'être dérangé, révolté ou indifférent. J'ai été séduit et même parfois dérangé... c'est d'ailleurs ce que je recherche dans mes lectures : de la séduction et de la réflexion ; et c'est ce qui m'a plu dans ce livre. Loïs, moi j'ai juste envie de te proposer de lire ce livre et de revenir me dire ce que tu en penses après.

yueyin 14/03/2007 00:01

Je vais me mettre aux mangas... celui-là me plait bien aussi, resteà le trouver... ou le commander remarque :-)

Loïs de Murphy 12/03/2007 21:51

je te cite : "Tout semble se dérouler comme Yumi l'entend : une vie plus ou moins bien réglée, presque ordinaire... " Je n'ai pas lu ce manga mais je me permettrai juste de remarquer que cette héroïne ne peut pas avoir une vie ordinaire qui se déroule comme elle l'entend comme tu le dis puisqu'elle se prostitue... La prostitution n'est quand même pas un job ou un loisir, c'est de l'esclavage sexuel :o))

Jean-François 13/03/2007 00:03

Ah ! voilà qui est intéressant. Merci Loïs de ta remarque. Je me permets d'apporter quelques précisions sur le contenu.Et pourtant, c'est bien ce que Yumi semble vivre : une petite vie bien tranquille, "presque" (j'insiste et souligne) ordinaire. Que dit-elle sur ce qu'elle fait ? Que dit Kyoko Okazaki ?A une question d'Haruo : "Pourquoi es tu devenue call-girl ?" Yumi répond : "J'ai eu une révélation. Un soir Dieu est apparu au pied de mon lit. Et il m'a dit...va plante-toi dans les rues, donne-toi à n'importe qui et gagne de l'argent. Voilà." Puis quelques cases et dialogues plus loin : " Ce n'est pas drôle de ne dire que la vérité". Ou lorsqu'un de ses clients la sermonne : "Vous allez faire ça encore longtemps ? ... Il serait temps de vous reprendre." Elle pense très fort : "Il est con celui-là. Il a tiré son coup et puis il me fait la morale."Kyoko Okazaki dit "C'est l'histoire d'une fille détraquée... Elle raconte son quotidien et son rapport à "l'amour" et au "capitalisme". Jean-Luc Godard  a dit que "le travail n'est que prostitution". Je le pense aussi. Effectivement, il y a ceux qui travaillent en en ayant conscience, ceux qui n'en ont pas conscience, ceux qui font semblant de ne pas en avoir conscience et les autres. J'insiste : "Le travail n'est que prostitution". Ensuite, tout travail est aussi amour. L'amour, oui, l'amour." extrait de la postface de l'ouvrage.Que doit-on comprendre à cela ? Que nous sommes dans la fiction, et que la métaphore traine dans les coins ? Peut-être...Je ne souhaite pas ouvrir de polémique sur la prostitution et ses conséquences sur les corps et les esprits. Je ne pense pas non plus que ce soit une démarche épanouissante pour qui que ce soit ; mais que en certaines circonstances certaines personnes puissent s'en accommoder et construire leur vie en intégrant cette pratique sans pour autant avoir le sentiment de vivre quelque chose d'extraordinaire (en ayant l'impression d'être dans la normalité, qu'est-ce que la normalité, d'ailleurs ?) ne me semble pas incroyable.