Mercredi 13 décembre 2006
Cette histoire débute sur une mésaventure classique des enfants, un chewing-gum avalé, et sur la peur qui s'ensuit. Ce fait banal permet de découvrir une histoire où
le sommeil pourrait bien-être l'ultime voyage.
Les dessins d'Edmond Baudoin suivent un fil narratif parallèle au texte de Philippe Chartron, sans pour autant lui rester
fidèle.
Cet album permet de découvrir une facette méconnue du talent d'Edmond Baudoin : le
travail en couleurs qui sera ensuite développé dans trois ouvrages de BD ayant pour toile de fond le Québec. Et c’est un véritable ravissement ! Chaque illustration en double page est en fait une
reproduction d’une huile sur toile. L’auteur fait preuve dans ses couleurs de la même liberté, de la même vivacité que dans ses traits de pinceaux. Une excursion particulièrement réussie hors du
monde la BD.
Des Sentiers cimentés (1981) au dernier opus de sa trilogie
québécoise et en passant par le magnifique Couma aco (prix du meilleur album au festival d'Angoulême 1992), Edmond Baudoin distille depuis bientôt vingt-cinq ans un regard intensément humain sur ses contemporains. Conteur intimiste et fortement
autobiographique, auteur enraciné dans un esprit méditerranéen (il est niçois) de par son approche du monde,
son succès, de l'Europe au Japon, se conjugue autant par la maîtrise du noir et blanc que par la profondeur des émotions qu'il prête à ses personnages. Nul, mieux que lui, sait dessiner les
arbres et les pensées de ses personnages. Il est considéré par ses pairs comme le père de la nouvelle BD en France, le premier à être
resté fidèle à l'oeuvre au delà des contingences imposées par le formatage des éditeurs, à une époque où cela n'était pas évident, avant la naissance de maisons d'éditions comme l'Association qui
ont servi de base à ce mouvement et l'ont accueilli.
Edmond Baudoin
est un auteur très ouvert, peu enclin à se cantonner au monde de la bande dessinée. Les illustrations qu’il a réalisées
pour des albums de la collection Jeunesse du Seuil (dont le Chingom de son ami niçois Philippe
Chartron) en sont un exemple parmi d’autres. Il a collaboré avec la superbe revue d'art Dada des éditions PEMF. Edmond Baudoin compare le
dessin à la musique. Pour lui, les points, les taches, les traits forment une symphonie. Dans un album paru aux éditions de L'An 2 (La musique du dessin),
il confie ses réflexions à propos de son travail de dessinateur.
Liens : un site sur Edmond Baudoin, un petit dossier assez bien fichu, avec de belles illustrations sur l'art d'Edmond Baudoin.
Le chingom, texte de Phillipe Chartron, illustration de Edmond Baudoin, Seuil Jeunesse, Paris, 1997 - 13,90 €.
On en cause...