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Le Génépi et l'Argousier

La brigade de l'oeil de Guillaume Guéraud

2 Mai 2008 , Rédigé par Jean-François Publié dans #Romans

 Kao est un jeune adolescent d'une quinzaine d'années. Il habite Rush Island, nous sommes en 2037. La loi Bradbury interdit toutes les images : photographies, peintures, télévision, cinéma n'ont plus cours dans le pays depuis plus de vingt ans. C'est toute une génération qui n'a connu aucune image. La nocivité de celles-ci est démontrée. Leur propension à favoriser le crime et les activités délictueuses et violentes est ainsi étouffée.

Kao, dont le grand-père projectionniste fut martyrisé lors de la période révolutionnaire, participe à un trafic d'images. Dealeur, il doit déjouer la vigilance de la Brigade de l'Oeil, véritables yeux armés du gouvernement de l'impératrice Harmony et principalement du commissaire Falk. La sentence pour tout contrevenant est immédiate et radicale : leurs yeux sont brûlés. Le nombre d'aveugles est considérable, mais ils sont pris en charge
et rééduqués par le Gouvernement. Kao aimerait prendre contact avec un réseau clandestin de terroristes - résistants menés par un certain Fuji.

Avec une trame classique de
dystopie, Guillaume Guéraud (lauréat avec Je mourrai pas gibier du Prix Sorcières 2007 décerné par l'association des bibliothécaires de France) nous propose un succédané, plutôt réussi, de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. De moins grande ampleur, celui-ci s'adresse directement à un public jeune et adolescent.
Le style de l'auteur est bien présent : il ne fait aucune concession dans son écriture. Violence, sexualité sont décrites de façon crue et réaliste, confinant parfois au malaise du lecteur devant des situations violentes. Refusant l'ellipse dans son écriture et ce depuis longtemps,
Guillaume Guéraud s'est ainsi positionné, renouvelant et questionnant la littérature de jeunesse en la sortant de ses sentiers battus et en posant la question notamment de la violence de notre société en des termes directs, durs et crus.

Dans le cadre de ce roman, le résultat est entièrement réussi. En donnant à réfléchir sur les systèmes totalitaires générateurs d'une violence intrinsèque, sur le rôle des images dans notre société et notamment sur leurs capacités éventuelles à créer de la violence et à pervertir la jeunesse et notamment les adolescents,
Guillaume Guéraud propose des pistes de réflexions aptes à questionner tout jeune lecteur sur ces sujets.

De plus les références, nombreuses vers la littérature (
Ray Bradbury, Georges Orwell, Aldous Huxley, ainsi que par les noms de rues et de lieux de Rush Island), mais aussi et surtout vers le cinéma et les grands évènements du XX° siècle passé, offrent un ancrage des plus intéressants. Nos héros en sauvant des flammes trois films hautement symboliques permettent ainsi au lecteur une lecture des plus riches. Il s'agit notamment du film Les Temps Modernes de Charlie Chaplin, de Nuit et Brouillard de Jean Cayrol et Alain Resnais et de La Jetée de Chris Marker. Le visionnage de Nuit et Brouillard apporte des éléments incontournables dans la réflexion sur la violence et le rôle des images.
Enfin les références régulières à Jean-Luc Godard parachèvent l'hommage fait au cinéma par
Guillaume Guéraud.

Je termine ma chronique par la citation de
Jean-Luc Godard qui débute le roman :
"Le cinéma n'est pas à l'abri du temps, il est l'abri du temps."

D'autres avis sur le blog
Jeune et je lis (les gars aussi) de la bibliothèque de Bagnolet, par Coeur de Chêne sur Biblioblog, chez Clochette et celui d'Anne-Marie Mercier-Faivre. sur Sitartmag. Enfin, sur d'autres ouvrages de Guillaume Guéraud : chez Clarabel, dans les Jardins d'Hélène, dans Passion des livres.
Le site des éditions du
Rouergue.

La Brigade de l'Oeil
de Guillaume Guéraud, éditions du Rouergue, collection DoAdo Noir, 2007 - 14 €.

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Lisbeï 09/05/2008 08:32

Bonjour !Ce livre a l'air bien intéressant (va falloir que je regarde s'il se trouve sur nos rayons), et effectivement, renouvelé Bradbury en direction du jeune public n'est peut-être pas un mal, car malheureusement celui-ci se retrouve dans leurs têtes sur la même étagère que tous les autres classiques qu'on menace de leur faire ingurgiter de force ...Bonne fin de semaine !

Jean-François 10/05/2008 15:40


@ Christophe et Lisbeï : Oui ce livre est plus qu'intéressant, il offre de multiples pistes de réflexion et ne se moque pas de son public. Toutefois l'aptitude de Guillaume Guéraud à n'éluder aucun
détail dans les scènes de violence et les moments les plus intimes présuppose que le lecteur soit averti ou puisse en discuter avec son entourage. Condition sine qua non de cette écriture de
qualité


christophe fétat 07/05/2008 11:00

Bonne idée de proposer un texte qui rend les thèmes de Farenheit 451 plus accessible pour la nouvelle génération. J'espère pouvoir le lire à la médiathèque de mon quartier. Sur la question de ce que l'on peut voir ou non et sur les contradictions du spectateur le cinéma de Lille III le Kino proposait récemment de revoir Thésis un film espagnol qui aborde la question des snuff-moovies.POur être franc je n'ai pas trop aimé la manière dont c'est filmé mais le questionnement sur cette escalade malsaine et dangereuse  de la violence à l'écran est bien posée notamment dans les scènes où le réalisateurs justement ne montre rien mais suggère par la bande son ce qui pourrait être vu. Horrible !