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Le Génépi et l'Argousier

Logement insalubre et expulsion !

20 Juin 2007 , Rédigé par Jean-François Publié dans #Humeurs

Dix ans que j'habite Saint-Denis, dans le neuf-trois. Et à la fin de l'été, nous déménageons. C'est vous dire si les questions de logements me taraudent en ce moment.

Ce matin, je prends mon vélo comme tous les mercredis, puis j'accompagne les enfants au centre de loisirs. En sortant, j'enfourche ma bicyclette direction la médiathèque où m'attendent livres et lecteurs. Au coin de la première rue, deux flics dans l'entrebâillement d'une porte d'immeuble semblent contrôler les papiers d'une personne. Dix mètres plus loin , au carrefour, dans la rue perpendiculaire deux autres flics semblent faire de même. Mais mon vélo est lancé, je suis un peu la bourre et je ne m'arrête pas. Je ne fais que penser : “ Tiens, voilà une mise en application des premières mesures Sarkozienne !".

Ma journée se passe tranquillement.

Je dois rentrer rapidement pour accompagner ma fille au vernissage de son cours d'arts plastiques et récupérer ses dessins. Elle y tient beaucoup. C'est à toute vitesse que je repasse devant les lieux de la scène matinale. Tout aussi furtivement que le matin, je vois un attroupement. Les flics sont en nombre beaucoup plus importants, il y a aussi des gens noirs avec des valises et quelques effets personnels et des blancs, badauds ou négociateurs. Je pense : " Cela ressemble fort à une expulsion ”.
Je pars avec ma fille au vernissage, nous rencontrons un voisin avec son fils et le mien aussi. Je lui parle de ce que j’ai vu et nous décidons d’aller y jeter un coup d’œil.
Effectivement, c’était une expulsion pour cause d’insalubrité. Il est vrai que les immeubles étaient vieux, très vieux. Ils sont même réputés être parmi les plus vieux du centre-ville. Une relique puisque tout l’hyper centre de Saint-Denis a connu une réhabilitation récente (20 – 25 ans environ) et qu’il n’y a plus d’habitats si dégradés. Pour en voir, il faut se rendre vers d’autres quartiers (Gare, notamment).

Je ne connais pas ce dossier. Depuis quand ces immeubles sont déclarés insalubres, qu’elles ont été les procédures mises en œuvre ces derniers temps ? Je ne sais pas qui sont les propriétaires et quelle est leur responsabilité ?
Ce qui m’importe c’est de voir tous ces gens, tous d’origine africaine, jeunes couples avec des enfants (et papier en règle !) qui fréquentent l’école de mes enfants et d’autres célibataires (dont certains en situation irrégulière) à la rue.


Dehors !

Il fait chaud, certes…
Alors, même que j’écris ces lignes, ils sont dans la rue quelques centaines de mètres plus loin.

Nous retrouvons des voisins, des enseignants (c’est mercredi), des syndicalistes. Ça discute. Des ouvriers finissent de murer les entrées et nettoient la rue et les trottoirs (dérisoire). Les flics sont partis, pas loin, ils sont dans leur voiture, de l’autre côté du carrefour et observent. Les élus sont informés, mais ne sont pas là. Nous ne savons pas ce qu’ils font, ni ce qu’ils vont faire. Nous décidons d’en parler autour de nous pour tenter de mobiliser nos amis et trouver des solutions. Mes enfants sont là, nous rentrons, ils me questionnent : « Où vont-ils dormir ? Pourquoi les a-t-on mis à la porte ? »

Ma soirée n’est pas terminée. Je vais au concert de Grand Corps Malade, ce soir. J’y accompagne mon fils, deux de ces amis et la mère de l’un d’entre eux. J’y verrai des élus : le député fraîchement réélu, un adjoint au maire anciennement chargé du logement et responsable de la politique de la ville. Les édiles s’amusent (moi aussi), pendant que des gens, dont des enfants sont dans l’incertitude d’une nuit à la belle étoile. J’en ai vécu des nuits à la belle étoile, mais la plupart du temps, choisies et en montagne : c’est si beau !!! Mais, là, dans la rue ?

De retour à la maison, j’apprends que la solidarité a fonctionné. Les hommes sont certes toujours dans la rue. Mais une maman et son bébé sont à l’hôtel. Et surtout, nous avons ouvert notre local de l’amicale des locataires (un lavabo et un WC) pour accueillir les autres femmes et leurs enfants. Plusieurs personnes se sont mobilisées et ont apporté : lit d’enfant, micro-onde, vêtements… Ce qui est rigolo, c’est que le local est juste en dessous de l’appartement de Monsieur le Député. Je ne lui jette pas la pierre, il fait déjà beaucoup pour lutter contres ces situations, mais l’image vaut bien son pesant de cacahuètes. Je leur emmène des couvertures et rencontre une mère de famille et cinq enfants. Dès que j’entre dans le local, la plus petite fille me demande : « Tu es le papa de qui, toi ? » ; je lui réponds. « Ah ! elle est en grande section » me dit-elle. Un autre enfant : « Ton fils est chez Mme B. ». Je suis connu, ou tout au moins reconnu. Ça fait chaud au cœur (pourquoi, est-ce moi qui ressent cette chaleur-là ?).  Je discute un moment avec la mère présente. Elle a pu sauver ses maigres affaires et celles de son fils. En partant, la petite fille me dit : « Ce matin, ils ont fait boum, boum ! et nous ont dit de sortir. On était dehors tout le jour, on a plus de maison. »
Dans ces cas-là, ils n’ont que dix minutes pour emporter leurs affaires, les flics, bonnasses, leur en ont donné dix de plus, après tout est évacué et muré.
 

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hlm Insalubre 12/10/2014 18:22

C'est atroce!

Zoridae 02/01/2008 22:13

Merci d'être passé sur mon blog et de m'avoir laissé un lien vers ce très bel article, émouvant et fort et ce blog qui a l'air très intéressant... Je reviendrai...Amicalement

christophe fétat 26/06/2007 00:38

merci pour ce témoignage en direct qui est loin des paillettes de l'Elysée

cath 23/06/2007 11:54

Je viens tout juste de te lire et je suis...outrée, même si je ne suis pas naïve...Je suis écoeurée. A quoi servent les services sociaux ?!Quand on voit le richesse en France et les gapillages...Heureusement que des assoc existent, avec leurs petits moyens ! C'est avec des témoignages comme ceux-ci que l'on peut vraiment réaliser l'absurdité de certaines situations. Et combien sont dans cette situation ? C'est lamentable...Tiens nous au courant !

malaurie 23/06/2007 11:09

Depuis hier au soir, le sous-préfet a signalé qu'il était possible d'accueillir l'ensemble des expulsés au centre d'accueil, situé à l'autre bout du département et la municipalité s'est engagée pour maintenir une navette jusqu'au vacances scolaires...

ekwerkwe 22/06/2007 10:49

Je croyais (naïve que je suis) que les gens expulsés pour des questions de salubrité étaient systématiquement relogés, au moins de façon provisoire. Je suis écoeurée.

cathe 21/06/2007 19:30

Quand on entend ce genre de chose à la radio, on y croit avec peine. Mais là tu nous le montres directement et ça me touche beaucoup plus. Heureusement qu'il y a encore de la solidarité, même dans les grandes villes, c'est le seul point réconfortant. Pour le reste.... les mots me manquent pour dire mon indignation !!Autre sujet : je vois que tu es à la médiathèque de St Denis. J'ai une copine qui y a travaillé plusieurs années, Frédérique L., je ne sais pas si tu l'as connue ?

Jean-François 21/06/2007 23:36

De retour, ce soir, la position est un status quo. Une délégation a été reçue ce matin à la sous-préfecture. Rien de neuf et de très concret à l'horizon, sauf pour une famille qui pourrait bénéficier d'un logement social au 1er juillet. D'ici là, la rue ou un centre d'accueil à l'autre bout du département. La mairie s'est engagée à mettre en place une navette bi-quotidienne pour emmener les enfants à l'école (mais ça reste à construire, car entre les paroles et les actes il y a souvent un gouffre). Il est temps pour cette famille d'avoir un peu de stabilité, les cinq enfants souffrent de saturnisme et l'ainé à un pied cassé. Pour tous (il y a une quarantaine de personnes) une seconde nuit dehors s'annonce sous des baches.@ tous : merci à vous et merci pour eux de votre solidarité...

Dicotommy 21/06/2007 17:38

Pour tous ceux-là, on pourrait chanter:"Dure France,le pays de mon enfance..."

sylvie 21/06/2007 14:26

Ce témoignage me touche. Merci de l'avoir écrit. Notre monde est dur et parfois absurde. La solidarité dont tu témoignes le rend un peu plus cohérent. Je lis en ce moment, "douce france" de karine tuil; Ton billet vient comme en échos.

Jef 21/06/2007 09:44

Pendant la guerre, des "Justes" ont sauvé des juifs des nazis. Sans comparer ce qui ne peut l'être, il est heureux que des "Justes" d'aujourd'hui se préoccupent de ces gens expulsés sans ménagements de leurs domiciles miséreux pour cause de misère, souvent renvoyés chez eux  selon les même modalités et les mêmes causes.Tant qu'on pourra assister à au moins quelques épisodes comme celui-ci, il y aura de l'espoir dans la merde ambiante.Amitiés

Jean-François 21/06/2007 23:38

Justes ! Ouf ! C'est un bien Grand Mot.De la justice et de l'humanité, moins d'arbitraire et un peu plus de réflexion de la part de ceux qui font ainsi sans s'assurer d'un relogement ensuite, oui, c'est ce qu'on devrait être en droit d'espérer.