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Five broken cameras - Emad Burnat et Guy Davidi

7 Janvier 2015 , Rédigé par Jean-François Publié dans #Cinéma documentaire, #Emad Burnat, #Guy Davidi, #Palestine, #Israël, #Mur, #famille, #occupation

Five broken cameras - Emad Burnat et Guy Davidi

Au moment de la naissance de son quatrième fils, Emad Burnat achète une caméra pour garder en mémoire la beauté de son enfant. Emad raconte comment la naissance de chacun de ses fils a été une étape importante dans la vie familiale. En 1995, l’ainé vient au moment des accords d’Oslo, temps d’espérance, 3 ans plus tard, c’est la naissance du second, temps d’incertitude, en 2000, le troisième, au moment où commence l’Intifada, époque de siège et de violence, le dernier Gibreel est né en 2005. À ce moment la colonie israélienne de Modj’in double sa population et empiète encore plus sur les terres du village d’Emad, Bil’in. Le mur, séparant Cisjordanie et Israël, censé protéger les israéliens est construit tout près du village de Bil’in amputant encore plus les terres agricoles exploitées. De ce jour, les villageois vont manifester chaque vendredi leur mécontentement et lutter contre cette spoliation. Emad filme tous ces moments, et ses caméras sont brisées les unes après les autres…

Le récit d’Emad, en voix off, accompagne ses images. C’est un récit très personnel, entremêlé de doutes et d’évidences. Les évènements qu’il relate se révèlent être, au fil du temps, d’un truisme effrayant : le quotidien de villageois spoliés luttant à armes inégales contre des soldats bien équipés. Quelques cailloux contre des balles et des grenades lacrymogènes. Telle est la vie là-bas ! Il existe certes des interstices, des inter-cases (comme dans une bande dessinée) où la banalité de la vie s’enchaine et où les stratagèmes judiciaires et policiers se jouent, mais cela le spectateur doit les reconstituer lui-même.

Le travail d’Emad est évidemment subjectif, mais la répétition des images (manifestations, violence des soldats, rafles et arrestations), et surtout son commentaire centré sur son fils Gibreel et sa responsabilité de père (que peut-il comprendre de ce qui se trame autour de lui ?) rend universelle cette vision de l’Histoire. Comment un enfant par les yeux de son père filmant l’Histoire en train de s’écrire peut-il appréhender le monde ? Comment se positionner face à la violence, comment lutter et avec quelles armes ? Et pourquoi ?

La réponse d’Emad est sans équivoque : les images, ses caméras et son discours.

Son moyen de lutte passe par son obsession à tout consigner dans ses caméras. Il filme l’arrestation de tous ses frères et amis, leur mort aussi. Emad est témoin et fait œuvre de mémoire.

Five Broken Cameras

Emad Burnat et Guy Davidi, Alegria Productions, Israël, France, Palestine, 2011 - 90 minutes.

 

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